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 Le retour d’Hervé Renard à la tête des Éléphants suscite autant d’enthousiasme que d’interrogations. Onze ans après avoir conduit la Côte d’Ivoire au sacre continental de 2015, le technicien français est de nouveau appelé à la rescousse. Un choix qui ravive le souvenir d’un passé glorieux, mais qui pose une question essentielle : la Fédération ivoirienne de football (FIF) a-t-elle trouvé l’homme de la situation ou s’est-elle réfugiée dans la nostalgie ? 

Le CV d’Hervé Renard plaide en sa faveur. Double vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations avec la Zambie (2012) puis la Côte d’Ivoire (2015), il demeure le seul sélectionneur à avoir remporté le trophée avec deux nations différentes. Son leadership, sa capacité à fédérer un groupe et son charisme sont unanimement salués. Dans le football africain, peu d’entraîneurs peuvent se prévaloir d’un tel palmarès. 

Mais le football ne vit pas de souvenirs.
Depuis son départ de la sélection ivoirienne, les expériences de Renard ont été contrastées. Son aventure à Lille fut brève, son passage avec l’équipe de France féminine n’a pas débouché sur un titre majeur, et son second mandat avec l’Arabie saoudite s’est achevé avant la Coupe du monde 2026. Plus récemment, son intervention d’urgence avec la Tunisie pendant le Mondial n’a pas permis d’éviter l’élimination des Aigles de Carthage. 

Cette réalité alimente un premier doute : Renard est-il encore ce technicien capable de transformer une équipe en championne, ou son aura dépasse-t-elle désormais ses résultats récents ?
La question devient encore plus sensible lorsqu’on la compare au bilan de son prédécesseur. Emerse Faé quitte son poste après avoir offert à la Côte d’Ivoire une CAN historique en 2024 puis une première qualification en phase à élimination directe d’une Coupe du monde. Certes, son contrat n’a pas été renouvelé, mais ses résultats n’étaient pas ceux d’un sélectionneur en échec. 

Le choix de la FIF apparaît donc moins comme une sanction sportive que comme une volonté de retrouver un visage familier capable de rassurer les supporters avant les éliminatoires de la CAN 2027.
Reste que le contexte a profondément changé.
La génération de Didier Drogba, Yaya Touré et Gervinho appartient au passé. Les Éléphants d’aujourd’hui s’appuient sur Simon Adingra, Amad Diallo, Franck Kessié, Evan Ndicka ou Yahia Fofana. Cette équipe possède un potentiel considérable mais demande un projet de jeu moderne, capable de rivaliser avec les meilleures nations africaines et mondiales.
Hervé Renard devra donc prouver qu’il ne revient pas uniquement avec son discours de motivateur, mais aussi avec des réponses tactiques adaptées au football actuel.
Autre interrogation : le retour d’un ancien sélectionneur n’est-il pas l’aveu d’un manque d’anticipation de la FIF ? Les grandes nations construisent généralement leur avenir autour d’un projet durable plutôt que sur le retour de figures emblématiques. Miser sur Renard est un choix fort, mais également un pari qui sera jugé exclusivement sur les résultats.
Les réactions des supporters reflètent d’ailleurs cette division. Certains voient en lui le meilleur sélectionneur de l’histoire des Éléphants et l’homme capable de remporter une nouvelle CAN. D’autres estiment que la fédération aurait dû poursuivre l’aventure avec Emerse Faé, dont le travail commençait à porter ses fruits. Les débats sur les réseaux sociaux montrent que le consensus est loin d’être acquis. 

En définitive, Hervé Renard n’est ni un sauveur garanti, ni un mauvais choix par principe. Il est un entraîneur expérimenté qui bénéficie d’un immense crédit en Afrique. Mais le football est un sport sans mémoire. Les titres de 2012 et de 2015 ne feront pas gagner les matchs de 2026 et 2027.
Le véritable verdict ne sera rendu ni le jour de sa présentation, ni lors de ses premières conférences de presse. Il tombera sur le terrain. Si les Éléphants retrouvent leur efficacité et leur ambition, Renard apparaîtra comme l’homme providentiel. Dans le cas contraire, son retour sera perçu comme celui d’un glorieux passé que la Côte d’Ivoire aura tenté, en vain, de ressusciter.

La Rédaction 

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