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Vers un suicide collectif ? J’ai eu l’honneur de participer il y a quelques jours à une réunion au ministère de l’Environnement et de la transition écologique consacrée à l’orpaillage et ses conséquences pour notre pays. Cette réunion m’a permis de saisir toute la gravité de la situation et de comprendre que nous courons tout droit vers un suicide collectif si nous continuons à rester passifs. Ce qui se passe n’est rien d’autre que la destruction pure et simple de notre pays, pour des intérêts qui ne sont même pas les nôtres. D’abord il faut savoir que tous les fleuves de notre pays, des plus petits aux plus grands, ainsi que leurs affluents tels que le Nzi sont pollués par des produits aussi dangereux que le cyanure ou le mercure. Il n’y a presque plus de poissons et la société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (SODECI) a de plus en plus de mal à traiter l’eau de ces fleuves. Même les nappes phréatiques de plusieurs localités sont touchées. Au point que les eaux dites minérales ne sont pas toutes bonnes à la consommation. Consommer aussi les quelques rares poissons que l’on trouve encore dans nos cours d’eau expose à la maladie de Minamata qui touche les femmes enceintes qui donnent naissance à des enfants lourdement handicapés. Les animaux refusent désormais de boire de ces eaux, ce qui rend impossible tout développement de l’élevage. Aujourd’hui notre pays est obligé de dépenser des sommes de plus en plus importantes pour importer de la viande et des poissons. Si nous continuons de laisser les orpailleurs faire ce qu’ils veulent, bientôt nous n’aurons plus d’eau à boire, et plus de poissons ou de viande à consommer.
Au niveau de l’agriculture, la situation est tout aussi catastrophique. Partout dans le pays, au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, au centre, partout, les terres sont ravagées. Non seulement elles sont devenues impropres à l’agriculture, parce que creusées de milliers de trous, dans lesquels les populations se blessent régulièrement en se rendant dans les champs, mais elles sont rendues stériles par les produits toxiques qui y sont déversés. En plus, on ne trouve plus grand monde pour se livrer aux travaux agricoles. De nombreux enfants désertent même l’école pour aller chercher de l’or.

Que gagne notre pays au prix de tant de destruction ? Pratiquement rien. L’activité d’orpaillage est exercée en très grande majorité (certains parlent de 95%) par des étrangers. Les Ivoiriens eux, cèdent leurs terres contre des liasses d’argent qu’ils croient être des fortunes, et ce sont ces étrangers qui ramassent tout l’or. Or qu’ils ne déclarent pas à l’Etat et font sortir clandestinement pour aller enrichir des pays voisins par lesquels il transite, pour se retrouver dans les pétromonarchies arabes du Golfe. Et cet or sert le plus souvent à financer les groupes terroristes. Il y a bien sûr des policiers, des gendarmes, des sous-préfets, des préfets et d’autres personnalités haut placées qui couvrent cette activité contre de l’argent mais ce n’est que des broutilles par rapport à ce que l’or rapporte en fin de compte. Et cet argent est gagné au prix de la destruction de notre pays. Nous avons fait de l’argent notre unique dieu dans ce pays, et nous sommes prêts à tout pour l’obtenir. Ne tue-t-on pas des êtres humains pour quelques billets de banque ? Les « brouteurs » ne sacrifient-ils pas des enfants pour gagner de l’argent qu’ils iront dépenser en « travaillant », c’est-à-dire en le jetant sur des inconnus dans une boîte de nuit ? Si nous n’ouvrons pas les yeux maintenant, le réveil sera très douloureux dans quelques petites années.

A Angolokaha, près de Niakaramandougou, des Chinois qui semblent avoir de solides protections ont chassé quelques trois cents femmes organisées en coopérative de leur plantation où elles cultivaient du riz pour survivre. Non seulement elles n’ont plus de quoi vivre, elles sont en plus poursuivies par les Chinois qui les accusent d’avoir détruit leurs matériels et elles risquent la prison. Si des Ivoiriens encore lucides ne se mobilisent pas en leur faveur.

Par Venance Konan

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