Le verdict très attendu dans l’affaire KDS est tombé ce mercredi 29 juillet 2026 devant le Pôle pénal économique et financier (PPEF) à Abidjan. Au terme de plusieurs mois de procédure, le tribunal a prononcé de lourdes peines contre les principaux responsables de la société KDS, reconnus coupables d’escroquerie et de blanchiment de capitaux.
Avant la lecture de la décision, la présidente du tribunal a tenu à préciser la qualification des faits retenus contre les différents prévenus. Mme Blanche Abanet a indiqué que l’infraction la plus grave retenue contre le directeur général de KDS, Koffo Doga Séverin, est l’escroquerie, tandis que la société KDS-Holding, en tant que personne morale, a été reconnue coupable principalement de blanchiment de capitaux.
Le tribunal a également apporté des clarifications concernant les victimes. Il a précisé que seule la Fraternité ivoirienne pour l’entente et la Renaissance (FIER), légalement constituée, bénéficie d’une reconnaissance collective pour les réparations. Les membres des autres regroupements de victimes seront, quant à eux, indemnisés à titre individuel, leurs organisations n’ayant pas achevé les formalités administratives requises.
Un acquittement et deux lourdes condamnations
Le prévenu Khalil Al Heloun, employé de KDS poursuivi pour blanchiment de capitaux, a été acquitté, le tribunal le déclarant non coupable.
En revanche, Koffo Doga Séverin, directeur général de KDS, et Mme Attafoua Liliane Flore, actuellement en fuite, ont été reconnus coupables d’escroquerie portant sur un montant de 10,5 milliards FCFA ainsi que de blanchiment de capitaux.
Le tribunal les a condamnés à 20 ans d’emprisonnement ferme, assortis d’un mandat de dépôt pour le dirigeant de KDS. À l’issue de l’audience, ce dernier a été conduit en prison par les forces de l’ordre, tandis qu’un mandat d’arrêt a été décerné contre Mme Attafoua Liliane Flore.
Les deux condamnés devront également s’acquitter d’une amende de 10 millions FCFA au profit de l’État.
Par ailleurs, la société KDS-Holding a été condamnée à verser une amende de 51.192.247.000 FCFA à l’État.

Des peines complémentaires sévères
Outre les condamnations pénales, le tribunal a prononcé plusieurs peines complémentaires à l’encontre des principaux condamnés. Il leur est notamment interdit de quitter le territoire national pendant trois ans, avec retrait de leurs passeports sur la même période.
Ils sont également privés de leurs droits civils et politiques durant trois ans. Pendant six ans, ils ne pourront exercer les fonctions de directeur, de gérant d’entreprise ou occuper une fonction publique. La justice leur interdit également d’émettre des chèques, d’utiliser des cartes de paiement, ainsi que de détenir ou porter une arme soumise à autorisation durant cette même période.

De nombreuses saisies patrimoniales
Le PPEF a ordonné la confiscation de plusieurs biens immobiliers appartenant aux condamnés, notamment des terrains situés à Cocody-Riviera Akouedo, Adjin-Palmeraie et Bonoumin-Ouest.
La justice a également ordonné la saisie des soldes créditeurs de plusieurs comptes bancaires ouverts à la BNI et à NSIA Banque, au nom de Koffo Doga et de la société KDS.
Concernant le patrimoine roulant, 916 véhicules ont été saisis, dont 562 ont déjà été retrouvés. Le tribunal a en outre ordonné la saisie de tous les autres biens meubles et immeubles appartenant à KDS ne figurant pas sur la liste déjà établie, les recherches se poursuivant afin de les localiser.
Des indemnisations prévues pour les victimes
Le jugement prévoit également des dommages et intérêts en faveur des victimes.
Les 528 membres de la fédération FIER se sont vu accorder collectivement 4.250.965.000 FCFA.
Les 777 membres de la FECOS, indemnisés individuellement, obtiennent 6.267.995.000 FCFA.
Le collectif des ex-agents indignés de KDS, composé de 1 752 personnes, bénéficie d’une indemnisation individuelle globale de 8.395.017.000 FCFA.
Les 98 militaires constitués parties civiles recevront 726.580.000 FCFA, tandis que le collectif des étudiants sera également indemnisé à titre individuel.
Le tribunal a toutefois précisé que les victimes ayant déjà obtenu réparation devant le tribunal de commerce ne seront pas prises en compte dans cette procédure devant le Pôle pénal économique et financier.
Cette décision marque une étape majeure dans l’une des plus importantes affaires économiques examinées ces dernières années par le PPEF, avec des condamnations pénales, des sanctions financières particulièrement élevées et un important dispositif de confiscation destiné à favoriser l’indemnisation des victimes.
Stéphane Badobré
































