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La crise de gouvernance locale à Akawa, village du canton Ndrannouan dans le département de Bouaké, prend une tournure judiciaire et communautaire après la décision controversée de la Mutuelle de développement d’Akawa-Mahounou (MUDAM) de destituer le chef du village. Dans son rapport issu de l’assemblée générale du 4 avril 2026, la mutuelle justifie sa position par une série d’accusations graves portées contre le chef coutumier, Nanan Moungoh II.
Elle évoque notamment une « conduite belliqueuse, délictueuse et déshonorante », ainsi qu’une attitude jugée << méprisante et orgueilleuse » envers les populations. La MUDAM accuse également le chef d’avoir posé des actes de nature à diviser la communauté villageoise. Au cœur des griefs figure la gestion du foncier. La mutuelle reproche au chef d’avoir engagé des opérations de lotissement sur plus de 600 hectares qu’elle considère comme illégales, en s’appuyant, selon elle, sur des documents non authentifiés et en se présentant comme l’unique propriétaire des terres. Elle l’accuse par ailleurs d’avoir favorisé l’orpaillage clandestin par des personnes étrangères au village, contribuant ainsi à fragiliser la cohésion sociale et l’environnement local. Face à ces accusations, Nanan Moungoh II, de son nom à l’état civil Jean-Paul Brou N’Guessan, est monté au créneau le lundi 4 mai 2026 lors d’un point de presse tenu à Akawa, entouré de sa notabilité et d’une frange importante de la population. Nommé par arrêté préfectoral en 2014 et installé en 2017, le chef a rejeté en bloc les allégations de la mutuelle, qu’il qualifie d’« illégale » et « inopérante ».


Selon lui, la crise actuelle trouve son origine dans son opposition à la création d’une mutuelle commune à deux villages, une initiative qu’il jugeait inadaptée et source de conflits. Il dénonce également une assemblée générale tenue après près de vingt ans d’inactivité, dont les conclusions viseraient, selon lui, à légitimer une tentative de remise en cause de son autorité. Concernant le litige foncier, le chef soutient avoir initié un projet de lotissement dans l’intérêt du village, notamment pour prévenir un projet d’exploitation minière du sous-sol. Il affirme avoir agi de manière transparente en sollicitant un géomètre, avant que le projet ne soit saboté par certains acteurs locaux. Il accuse notamment des responsables de la mutuelle et des leaders de jeunesse d’avoir incité à la destruction des bornes de délimitation déjà installées.
Plus grave encore, Nanan Moungoh II dénonce une tentative d’instauration d’une chefferie parallèle, qu’il considère comme une atteinte aux traditions. Il met en cause des autorités coutumières du canton, accusées d’ingérence et de manœuvres visant à le destituer.
Pour le chef d’Akawa et ses partisans, cette destitution est non seulement illégitime, mais constitue également une violation des règles ancestrales. Ils rappellent qu’aucun chef n’a jamais été destitué dans la tradition, qualifiant la démarche de la mutuelle de «sacrilège». Engageant désormais le terrain judiciaire, le chef a annoncé avoir porté plainte pour diffamation, calomnie, fausses accusations, insultes publiques et outrage à l’autorité. En attendant une décision de justice ou une éventuelle médiation des autorités administratives, la tension reste vive dans le village, où les divergences autour du foncier et de la légitimité coutumière continuent d’alimenter les divisions.

Alla Kouamé

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