Les développements récents au Mali révèlent une configuration où l’ingérence étrangère emprunte des voies multiples. Au-delà des apparences d’une guerre civile localisée, se dessine une entreprise méthodique d’affaiblissement de l’État malien à laquelle l’Algérie n’est pas étrangère. Trois leviers principaux caractérisent cette action indirecte.
Le premier concerne l’appui historique apporté aux formations rebelles touarègues, appui qui a permis à ces groupes de maintenir une capacité opérationnelle disproportionnée par rapport à leur assise populaire réelle.
Le second réside dans la tolérance affichée à l’égard de la convergence opérationnelle entre ces mêmes rebelles et les satellites d’Al-Qaïda au Sahel.
Le troisième, plus discret mais tout aussi significatif, consiste à favoriser l’émergence d’une opposition politique structurée autour de personnalités religieuses influentes, dans le but de délégitimer les autorités actuelles.
Cette stratégie de pression indirecte produit déjà ses effets sur le terrain. L’offensive conjointe menée par la rébellion et le JNIM n’a pas rencontré de désapprobation explicite de la part d’Alger, contrairement aux précédentes crises où la médiation algérienne jouait un rôle officiel.
Le blocus économique imposé aux régions centrales du Mali, qui entrave l’approvisionnement des villes et asphyxie les populations civiles, bénéficie d’une forme de neutralité complice. Les convois routiers d’origine algérienne continuent d’emprunter des itinéraires contrôlés par les groupes armés, sans que l’on observe de mesures dissuasives de l’autre côté de la frontière. Une telle passivité, dans un contexte où chaque tonne de marchandises compte pour la survie des Maliens, ne peut être interprétée comme une simple incapacité logistique.
Les conséquences d’une telle posture dépassent largement le cadre bilatéral. Un Mali désarticulé deviendrait un réceptacle pour toutes les formes de radicalisation violente, un laboratoire où les groupes terroristes perfectionneraient leurs modes opératoires avant de les exporter. Les pays sahéliens voisins, déjà éprouvés par leurs propres insurrections, verraient leurs frontières devenir poreuses et leurs équilibres internes compromis. La contagion gagnerait ensuite les États côtiers d’Afrique de l’Ouest, du Bénin au Ghana, de la Côte d’Ivoire au Sénégal, créant une vaste zone de vulnérabilité ininterrompue du golfe de Guinée aux confins du Sahara.
L’impact dépasserait le continent africain pour atteindre l’Europe méridionale. Les réseaux de trafic d’armes, de stupéfiants et de migrants empruntent déjà certaines routes sahariennes. Un vide sécuritaire au Mali ne ferait qu’intensifier ces flux, transformant la Méditerranée en réceptacle des désordres accumulés sur sa rive sud. La stabilité de l’espace euro-méditerranéen se joue en partie dans les sables maliens.
Toute puissance extérieure qui, par action ou par omission, contribue à l’affaiblissement de l’ordre étatique au Mali assume donc une responsabilité historique dans les crises à venir.
Face à cette situation, la communauté internationale se trouve à un carrefour décisif.
La première obligation consiste à identifier clairement les acteurs qui tirent profit du chaos.
La seconde implique de rompre toute forme de complaisance envers ceux qui entretiennent, par intérêt géopolitique ou par calcul de voisinage, les foyers d’insécurité.
La troisième, enfin, exige un soutien sans faille à l’intégrité territoriale du Mali et aux institutions qui le gouvernent, quelles que soient les réserves que certains nourrissent à leur égard.
L’alternative, c’est l’ouverture d’un corridor d’insécurité allant du Sahel aux portes de l’Europe, un scénario que les gouvernements responsables ne sauraient laisser se réaliser sans réagir.
Source: Un analyste politique, observateur averti































