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La jeunesse ivoirienne et la discipline nationale

Dans un pays où une large part de la population est jeune, l’avenir de la République se joue d’abord dans le cœur et l’esprit de sa jeunesse. La Côte d’Ivoire dispose d’une richesse humaine exceptionnelle, avec des millions de jeunes talents, d’intelligences vives et d’énergies créatrices prêts à contribuer au progrès national si les conditions leur sont réellement offertes.

La véritable richesse de la Côte d’Ivoire ne se trouve ni dans son sol ni dans ses coffres, mais dans le cœur et l’esprit de sa jeunesse. La responsabilité collective est de transformer cette force en levier de stabilité, de paix et de développement partagé.

Depuis des années, les discours officiels affirment que la jeunesse doit être un acteur essentiel du développement et de la cohésion nationale. Des politiques, des stratégies et des programmes sont annoncés. Pourtant, beaucoup de jeunes, dans les quartiers populaires comme dans les campagnes, ont le sentiment que ces promesses les atteignent peu. Ils se heurtent au chômage, à la précarité et à l’angoisse de l’avenir.

Entre les aspirations légitimes et la réalité quotidienne, un fossé s’est creusé, nourrissant parfois le découragement et la tentation du repli. Un pays qui doute de sa jeunesse commence déjà à douter de son avenir.

Ces blessures silencieuses ne peuvent être ignorées. De nombreux jeunes constatent que leurs efforts ne sont pas toujours récompensés à la hauteur de leurs sacrifices. Beaucoup doutent que la probité, l’étude et le travail patient soient encore les meilleurs chemins vers la dignité. Dans un tel contexte, la débrouillardise devient souvent un réflexe de survie, les réseaux sociaux un refuge et certains discours de rupture une tentation.

Cette situation appelle moins la condamnation que l’écoute, la lucidité et l’humanité. Une jeunesse mise à l’écart finit toujours par se rappeler à la mémoire de la Nation, mais rarement de la manière la plus pacifique.

Face à ces défis, la notion de discipline nationale mérite d’être revisitée sereinement. La devise Union, Discipline, Travail ne devrait pas être perçue comme une injonction verticale, mais comme l’expression d’un projet commun. La discipline nationale n’est pas la soumission à un camp ou à un homme. Elle est le respect de règles justes et de valeurs partagées, acceptées parce qu’elles protègent chacun et donnent à tous leur place dans la communauté nationale.

La discipline nationale n’est pas une prison. Elle est la colonne vertébrale de notre liberté collective.

Dans cette perspective, la discipline apparaît comme une responsabilité partagée. L’État est appelé à montrer l’exemple par une gouvernance transparente, une lutte résolue contre la corruption et une gestion équitable des opportunités offertes à la jeunesse.

Comment demander aux jeunes de croire en l’effort si les institutions ne démontrent pas, par leurs actes, que la justice, le mérite et l’égalité de traitement sont des réalités et non des slogans ?

On ne peut pas réclamer une jeunesse disciplinée dans une République qui tolère l’indiscipline des exemples. Restaurer la confiance revient à faire de la discipline une exigence d’abord pour ceux qui détiennent l’autorité.

Une République forte n’est pas celle où les jeunes demandent des privilèges, mais celle où chacun est convaincu que l’effort, la compétence et le mérite peuvent encore ouvrir les portes de la réussite. La confiance dans les institutions naît lorsque les règles sont les mêmes pour tous et que le travail demeure le principal moteur de l’ascension sociale.

Les partis politiques ont également un rôle essentiel à jouer. Trop souvent, la jeunesse n’a été sollicitée qu’à l’approche de certaines échéances ou dans les périodes de tension. L’enjeu est de l’associer de manière continue au débat d’idées, à la construction de projets et à la vie locale.

L’éducation politique des jeunes ne doit pas consister à les dresser les uns contre les autres, mais à les aider à comprendre les enjeux, à argumenter sans violence et à défendre leurs convictions en respectant la dignité d’autrui.

Un parti responsable forme des citoyens engagés et ouverts au dialogue, non des instruments de confrontation. Un parti qui n’éduque pas la jeunesse fabrique des colères de demain au lieu de bâtir des citoyens d’aujourd’hui.

La jeunesse elle-même est appelée à jouer un rôle déterminant. De nombreux jeunes Ivoiriens incarnent déjà, au quotidien, cette discipline nationale, en étudiant avec sérieux, en entreprenant avec persévérance, en travaillant avec honnêteté et en s’engageant bénévolement dans leurs quartiers et leurs villages.

Ils démontrent qu’il est possible de concilier liberté, créativité et sens du devoir. La discipline n’est pas l’ennemie de la liberté, elle en constitue la condition durable, en permettant à chacun d’exercer ses droits sans porter atteinte à ceux des autres.

Le véritable courage de la jeunesse n’est pas de casser ce qui existe, mais de construire ce qui manque.

Pour renforcer ce socle commun, il convient de multiplier les espaces où la jeunesse peut expérimenter concrètement le service de la Nation. Le service civique, les initiatives communautaires, les mouvements associatifs et les clubs citoyens dans les écoles et les universités sont autant de cadres à encourager et à consolider.

Lorsqu’un jeune participe à la protection de l’environnement, à l’assainissement de son quartier ou à un projet éducatif ou culturel, il découvre que la discipline n’est pas une contrainte abstraite, mais un engagement libre au service du bien commun.

Toutefois, la discipline nationale ne peut s’épanouir durablement que dans une société où chacun se sent reconnu et où personne n’est laissé au bord du chemin. La jeunesse ivoirienne ne forme pas un ensemble homogène. Derrière les statistiques se trouvent des réalités diverses, souvent marquées par la précarité, les inégalités sociales et l’exclusion.

C’est pourquoi trois priorités méritent d’être placées au cœur de l’action publique.

La première consiste à mettre en œuvre un vaste programme d’insertion en faveur des jeunes les plus vulnérables, notamment les jeunes sans qualification, les jeunes déscolarisés, les jeunes en situation de handicap et les jeunes femmes confrontées à la précarité. À travers des formations pratiques, des stages d’apprentissage, des activités génératrices de revenus et un accompagnement personnalisé, il s’agirait de redonner à chacun une perspective d’avenir.

Une République forte se mesure à sa capacité à tendre la main à ceux qui en ont le plus besoin.

La deuxième priorité vise à renforcer le développement économique des territoires ruraux et des quartiers populaires. Trop de jeunes quittent leurs localités faute d’opportunités. Il apparaît indispensable d’investir davantage dans les centres de formation professionnelle, l’agriculture moderne, les coopératives de jeunes, les infrastructures de proximité et le financement de microprojets locaux.

Chaque jeune doit pouvoir envisager un avenir digne sans être contraint à l’exode ou à l’économie de survie.

L’avenir de la jeunesse ivoirienne ne se joue pas uniquement dans les grandes villes. Il se joue également dans les villages, les sous-préfectures et les territoires ruraux où vivent encore des millions de jeunes. La modernisation agricole, l’accès au numérique, l’amélioration des infrastructures locales et la valorisation des métiers productifs doivent devenir des priorités de justice territoriale.

Une Nation équilibrée est celle qui offre des perspectives à sa jeunesse, quel que soit son lieu de naissance.

La troisième priorité consiste à créer dans chaque région des cadres permanents de dialogue entre les jeunes, les collectivités territoriales, les autorités administratives, les chefs communautaires, les associations de femmes et les acteurs économiques.

Ces espaces permettraient d’identifier les besoins réels des populations, de prévenir les tensions sociales et de construire des réponses adaptées aux réalités du terrain. La paix sociale se consolide lorsque chacun a le sentiment d’être entendu, respecté et associé aux décisions qui concernent son avenir.

Au-delà des programmes et des dispositifs, il est temps de bâtir un véritable contrat national avec la jeunesse ivoirienne. Ce contrat devrait reposer sur trois engagements réciproques : offrir à chaque jeune les moyens d’apprendre, lui donner les possibilités d’entreprendre et lui garantir une place réelle dans la prise de décision publique.

En retour, la jeunesse est appelée à contribuer activement à l’effort national dans le respect des valeurs républicaines et de l’intérêt général.

La jeunesse ivoirienne ne réclame pas des privilèges. Elle aspire avant tout à l’équité, à la dignité et à l’opportunité de contribuer pleinement au développement national.

Faire de la jeunesse la colonne vertébrale de la Nation suppose donc une attention particulière envers ceux qui sont les plus exposés à la vulnérabilité et à l’exclusion.

Il importe aussi de mieux articuler les programmes d’appui à la jeunesse, qu’il s’agisse de formation, d’emploi ou d’entrepreneuriat, avec une véritable éducation civique et éthique. Bénéficier d’un accompagnement public devrait aller de pair avec l’apprentissage des valeurs républicaines, notamment le respect de la loi, l’intégrité, le respect du bien public et la culture du dialogue.

Ainsi, chaque opportunité offerte devient à la fois un soutien matériel et un chemin d’élévation morale et citoyenne.

C’est en réconciliant la jeunesse avec la discipline que la Côte d’Ivoire pourra se réconcilier pleinement avec elle-même.

Aucune nation ne peut se construire durablement sans une jeunesse confiante et rassemblée. Lorsque les jeunes se sentent reconnus, respectés et associés aux décisions qui les concernent, ils deviennent les premiers gardiens de la paix et de la stabilité.

Lorsque la discipline est vécue non comme une menace, mais comme un choix partagé, elle devient une force tranquille au service de la République.

Aux jeunes filles et jeunes garçons d’Abidjan, de l’intérieur du pays et de la diaspora, peut être adressé un message de confiance. Leur avenir ne se résume ni à la peur de demain ni à la nostalgie d’hier. Il se construit pas à pas dans le sérieux des études, l’honnêteté dans le travail, le respect de la parole donnée et le refus de la haine et de la violence.

La Côte d’Ivoire a besoin de leur intelligence, de leur créativité et de leur sens du devoir.

Aucune puissance étrangère, aucune ressource naturelle et aucune performance économique ne pourront durablement remplacer ce que représente une jeunesse consciente de ses responsabilités, confiante dans ses institutions et fière de son appartenance nationale. La première richesse d’un pays demeure toujours la qualité des femmes et des hommes qui le composent.

En choisissant la voie d’une discipline vécue dans la paix, la justice et la responsabilité partagée, la jeunesse peut devenir le pilier d’une Côte d’Ivoire réconciliée, stable et pleinement tournée vers l’avenir. C’est ce chemin qu’il appartient à chaque génération d’emprunter, dans l’écoute, le respect et la confiance mutuelle.

L’histoire enseigne que les grandes nations ne sont pas celles qui disposent des ressources les plus abondantes, mais celles qui savent transmettre à leur jeunesse une espérance, un idéal et une place dans la construction du destin collectif. Les empires se sont effondrés lorsqu’ils ont perdu leur jeunesse ; les nations se sont élevées lorsqu’elles ont su lui faire confiance.

La Côte d’Ivoire ne construira pas son avenir en parlant seulement à sa jeunesse, mais en construisant avec elle. Car le jour où chaque jeune Ivoirien se sentira pleinement citoyen, utile à la Nation et acteur de son destin, ce ne sera pas seulement la jeunesse qui aura rendez-vous avec l’histoire. Ce sera la Côte d’Ivoire tout entière.

Et lorsque les générations futures se retourneront sur cette époque, elles ne jugeront pas notre Nation à l’aune de nos discours ou de nos promesses. Elles se demanderont ce que nous avons fait de notre jeunesse.

Car une vérité traverse toutes les époques : une Nation qui investit dans sa jeunesse prépare sa grandeur ; une Nation qui l’abandonne prépare son déclin.

Le choix appartient à notre génération.

Fait, le 10 juin 2026

Yaya Fofana
Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)

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