La dissolution de la Commission électorale indépendante ouvre une page politique majeure dans la vie démocratique de notre pays. Cette décision ne doit pas être considérée comme une simple réforme administrative. Elle doit être saisie comme une occasion historique de refonder la confiance nationale autour de l’acte le plus sacré de la démocratie, le vote.
La Côte d’Ivoire est une grande Nation. Elle a traversé des épreuves, surmonté des douleurs, reconstruit des ponts et retrouvé le chemin de la stabilité. Aujourd’hui, elle doit franchir une nouvelle étape, celle d’une démocratie apaisée, mature, crédible et pleinement acceptée par tous ses enfants.
Dans une République moderne, l’élection ne doit jamais être un moment de peur, de soupçon ou de crispation. Elle doit être un rendez-vous de confiance, de responsabilité et de souveraineté populaire. Le vote ne doit pas diviser la Nation. Il doit l’élever.
C’est dans cet esprit que je propose la création d’une Autorité nationale indépendante de gestion électorale, différente dans son esprit, dans sa composition et dans son fonctionnement de l’ancienne CEI.
Cette autorité devrait reposer sur une architecture simple, équilibrée et compréhensible par tous. Un tiers pour la majorité présidentielle, afin que le pouvoir en place soit représenté sans contrôler seul le processus. Un tiers pour l’opposition politique, afin que les partis qui ne gouvernent pas puissent participer pleinement à la surveillance du processus électoral. Un tiers pour la société civile et les institutions neutres, notamment les organisations religieuses, les chefs traditionnels, le barreau, les universitaires, les organisations de défense des droits humains, les représentants des femmes, des jeunes et des personnalités reconnues pour leur probité.
J’appelle cette proposition la règle des trois tiers pour la confiance électorale. Elle est claire, lisible et équitable. Un tiers pour la majorité, un tiers pour l’opposition, un tiers pour la société civile et les institutions neutres. Ainsi, aucun camp ne pourrait imposer seul sa volonté. Aucune partie ne pourrait confisquer le processus. Toutes les forces essentielles de la Nation seraient présentes autour de la même table.
Ce mécanisme n’appartient ni au pouvoir, ni à l’opposition, ni à un parti. Il appartient au citoyen ivoirien, car c’est sa voix qui doit être protégée. Nous ne prétendons pas détenir seuls la solution parfaite. Nous proposons une base claire, équilibrée et patriotique, ouverte au dialogue, aux enrichissements et aux ajustements nécessaires.
Pour que cette autorité soit efficace, elle devra reposer sur des règles de fonctionnement précises. La recherche du consensus ne doit jamais conduire à la paralysie. Des délais obligatoires, des procédures de déblocage et des critères de compétence devront être prévus afin de garantir à la fois l’équilibre, la rapidité et l’efficacité des décisions.
Les membres de cette autorité devront être choisis pour leur représentativité, mais aussi pour leur probité, leur expérience, leur compétence et leur attachement à l’intérêt national. Une institution électorale ne peut inspirer confiance que si ceux qui la composent inspirent eux-mêmes le respect.
Dans ce mécanisme, l’administration devra jouer un rôle d’appui technique, logistique et territorial. Elle devra servir le processus électoral sans le contrôler, afin que l’autorité indépendante demeure le véritable garant de la confiance.
Le contrôle judiciaire devra également occuper une place essentielle dans ce mécanisme. L’autorité électorale devra organiser et superviser le processus, mais les juridictions compétentes devront garantir la légalité des actes, examiner les recours, trancher les contestations et protéger les droits des candidats comme ceux des électeurs. Une élection crédible exige un arbitre administratif indépendant, mais aussi un juge électoral impartial, accessible et respecté.
Chaque étape essentielle du processus électoral devra être rendue publique, depuis la révision du fichier jusqu’à la proclamation des résultats. Le fichier électoral devra être audité, sécurisé et accepté. Les résultats devront être publiés bureau de vote par bureau de vote, afin que chaque citoyen puisse suivre, comprendre et vérifier la sincérité du processus.
Le président de cette autorité ne devrait pas être choisi directement par le gouvernement. Il devrait être une personnalité consensuelle, respectée, indépendante et acceptée par les principales forces politiques et sociales du pays. Son rôle ne serait pas de servir un camp, mais de protéger la vérité des urnes.
Je propose également que les décisions importantes de cette autorité soient prises à la majorité qualifiée, et non par une simple majorité mécanique. Cela obligerait les membres à rechercher le consensus, le dialogue et l’équilibre, sans empêcher le fonctionnement régulier de l’institution.
La mise en place du nouveau mécanisme devra se faire dans l’ordre, la continuité administrative et le respect du calendrier républicain. Il ne s’agit pas de créer un vide institutionnel, mais de bâtir une structure plus solide, plus légitime et plus rassurante pour tous.
Cette proposition est une base de discussion nationale. Elle devra naturellement tenir compte des impératifs juridiques, institutionnels et politiques de l’État. Mais ces impératifs ne doivent pas servir à affaiblir l’exigence d’équilibre. Ils doivent au contraire permettre de bâtir un mécanisme légal, fonctionnel, crédible et accepté par tous.
Je ne propose pas un mécanisme contre un camp. Je propose un mécanisme pour que tous les camps puissent faire confiance au même arbitre. Cette proposition ne vise pas à affaiblir l’État ni à retirer à la majorité sa place légitime. Elle vise à donner plus de force au verdict des urnes. Le tiers réservé à l’opposition devra être désigné par l’opposition elle-même, afin que personne ne puisse choisir l’opposition à la place de l’opposition. La société civile ne doit pas être une présence symbolique. Elle doit être un pilier de confiance, composé de personnalités reconnues pour leur indépendance, leur probité et leur attachement à la paix. Ce mécanisme n’est pas fait pour les partis. Il est fait pour le citoyen ivoirien, afin que sa voix soit protégée, respectée et reconnue.
Cette proposition n’est dirigée contre personne. Elle n’est pas faite pour affaiblir un camp ou renforcer un autre. Elle est faite pour la Côte d’Ivoire. Elle est faite pour que la victoire soit incontestable et que la défaite soit acceptable.
Nous appelons le Président de la République, le gouvernement et l’ensemble des forces politiques à faire de cette réforme non pas une victoire d’un camp, mais une victoire de la Nation.
Dans l’esprit houphouëtiste, nous croyons que la paix n’est jamais une faiblesse, mais la plus grande force d’une Nation qui choisit le dialogue plutôt que la division. La Côte d’Ivoire a besoin d’un mécanisme qui rassure tout le monde, le pouvoir, l’opposition, les citoyens, les jeunes, les femmes, les partenaires de notre pays et tous ceux qui veulent voir notre démocratie progresser dans la paix.
La République ne gagne pas seulement lorsque le vainqueur est proclamé. Elle gagne lorsque le vaincu reconnaît que la compétition a été juste. Elle gagne lorsque le citoyen rentre chez lui convaincu que sa voix n’a pas été trahie. Elle gagne lorsque les institutions inspirent le respect au lieu de nourrir le doute.
Pour la Côte d’Ivoire, pour la paix, pour la démocratie et pour les générations qui viennent, offrons à notre pays un mécanisme électoral à la hauteur de son destin.
Fait, le 13 mai 2026
Yaya Fofana
Président du MFA
































