À l’aîné Venance Konan,
Cher aîné, comme d’habitude, je viens de lire votre dernier texte « quel développement voulons-nous ? » et je ne me suis empêché d’avoir la réflexion suivante tant le texte m’a interpellé.
Quand j’étais petit, il y avait en moyenne un manguier dans chaque cour à Korhogo.
Oui je n’exagère pas. Il y avait dans pratiquement toutes les cours de Korhogo un arbre et dans la plupart des cas c’était des manguiers.
Il faisait beau d’habiter ou de fréquenter des quartiers comme le quartier 14, le quartier résidentiel, la cité des médecins, le quartier hollandais…
Il y avait de la verdure, des fleurs et du gazon bien entretenus.
C’était beau…
Mais pour dire vrai, ce sont les blancs qui habitaient nombreux dans ces quartiers et c’était vraiment beau et propre.
Allons y en tirer les conclusions que nous voulons mais je ne fais qu’un constat.
Je le répète : quand les blancs habitaient nombreux ces quartiers, on prenait du plaisir à y déambuler.
C’est le constat, c’était le constat simple. Les noirs à l’époque qui y habitaient étaient tout aussi de bons exemples.
Et maintenant ?
Le mont Korhogo subit un lotissement dont je me demande d’où vient la légalité.
On coupe tous les arbres qu’il y avait dans les cours pour les remplacer par du béton d’une piteuse élégance.
Ne me parlez plus de fleurs ou de gazon, ça c’était un luxe des blancs.
Le comble, certaines cours naguère belles deviennent des « gbèlèdromes » ou des maquis bizarres.
Où sont passés les ceintures vertes, les cours d’eau, les marigots, les prairies qui autrefois entouraient nos villes ?
On coupe, on pollue, on lotit sauvagement et on vend à tour de bras.
Et les générations futures ? Les générations futures vont se débrouiller…
Parfois à me promener dans les quartiers de mon enfance, je me demande si les noirs sont réfractaires à la beauté, à la verdure, à la propreté.
C’est vrai qu’il existe des exceptions comme mon ami maître Yéo Kelemassa, mon ami docteur Koné Moulaye qui ont encore les réflexes du beau en transformant leurs villas en de belles exceptions de paysages de fleurs et de verdure.
Mais combien sont-ils ?
Ils sont bien rares et nous aimons bien dire d’eux : « Ceux là, ils sont comme les blancs ».
Et pourtant nous prenons du plaisir à parler du château de Versailles. Nous prenons du plaisir à déambuler dans Central Park à New-York.
Alors qu’est-ce qui nous empêche d’avoir de telles beautés urbaines dans nos villes ?
Je rappelle que le 1/3 de la ville de Londres est composé de parcs, de réserves et de jardins.
Sommes-nous incapables de copier les bons exemples ?
Heureusement que la forêt classée du banco existe encore…mais je me demande jusqu’à quand ? Car on ne sait jamais dans 10 ou 20 ans ce qui pourrait advenir de cette belle forêt urbaine.
C’est pour toutes ces raisons, cher aîné Venance Konan, que la question de Axel Kabou trotte dans ma tête depuis tant d’années « Et si l’Afrique refusait le développement ? «
Lassina à Korhogo.
Paix et lumière chez vous !
DIEU nous garde !
































