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Près d’un demi-siècle après la naissance de la CEDEAO, le projet de monnaie unique ouest-africaine, baptisée ECO, reste l’un des plus ambitieux chantiers d’intégration économique du continent. Entre ambitions politiques, exigences économiques et reports successifs, voici les clés pour comprendre ce processus historique.

La création de l’ECO ne résulte pas d’une décision récente. Elle est inscrite dans la vision fondatrice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), créée en 1975 afin de renforcer les échanges commerciaux, faciliter la libre circulation des personnes et construire un marché commun régional. Dès les années 1980, les dirigeants ouest-africains estiment qu’une monnaie unique constitue une étape indispensable pour approfondir cette intégration.

L’objectif poursuivi est multiple : supprimer les coûts de change entre les pays, stimuler le commerce intra-régional, attirer davantage d’investissements, renforcer la stabilité macroéconomique et donner à l’Afrique de l’Ouest une plus grande autonomie monétaire face aux grandes devises internationales.

Un projet qui concerne toute l’Afrique de l’Ouest

À l’origine, l’ECO devait devenir la monnaie commune des États membres de la CEDEAO. Ce projet devait permettre de réunir dans une même union monétaire des pays utilisant aujourd’hui différentes monnaies, notamment le franc CFA de l’UEMOA ainsi que les monnaies nationales du Ghana, du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Gambie, du Liberia et de la Guinée.

Cependant, la réalisation de cette ambition nécessite que les économies concernées présentent des niveaux de stabilité relativement proches.

Les critères de convergence

Avant l’adoption de l’ECO, chaque État doit satisfaire à plusieurs critères économiques destinés à garantir la solidité de la future monnaie commune. Parmi ces exigences figurent :
une inflation maîtrisée ;
un déficit budgétaire limité ;
une dette publique soutenable ;
des réserves de change suffisantes ;
une stabilité du taux de change.
Ces critères sont comparables à ceux qui avaient été imposés aux pays européens avant la création de l’euro. Or, peu de pays de la région les respectent simultanément, ce qui explique les nombreux reports du calendrier.

La réforme du franc CFA en 2019

Le 21 décembre 2019, les chefs d’État de l’UEMOA annoncent une importante réforme du franc CFA destinée à préparer son intégration future dans l’ECO.
Cette réforme prévoit notamment :
le changement de nom du franc CFA en ECO lorsque les conditions seront réunies ;
la fin de la centralisation des réserves de change auprès du Trésor français ;
le retrait des représentants français des instances de gouvernance de la BCEAO.
En revanche, le maintien de la parité fixe avec l’euro et de la garantie de convertibilité est conservé dans cette phase transitoire.

Pourquoi tant de retards ?

Initialement envisagée pour 2003, puis 2005, 2010, 2015, 2020 et ensuite 2027, la mise en circulation de l’ECO a été reportée à plusieurs reprises. Son lancement est actuellement programmé pour l’horizon 2027.
Plusieurs facteurs expliquent ces reports :
les écarts importants entre les économies de la région ;
les crises économiques et sanitaires ;
les difficultés budgétaires de certains États ;
les divergences de vues entre les pays membres sur le fonctionnement futur de la monnaie ;
les évolutions géopolitiques au sein de la CEDEAO.

Quels bénéfices espérés ?
Si elle voit le jour, l’ECO pourrait apporter plusieurs avantages :
une baisse des coûts des échanges commerciaux ;
une augmentation du commerce régional ;
une plus grande attractivité pour les investisseurs ;
une meilleure intégration financière ;
un renforcement du poids économique de l’Afrique de l’Ouest sur la scène internationale.
Toutefois, les économistes rappellent qu’une monnaie commune ne peut être durable que si les États membres appliquent des politiques budgétaires rigoureuses et coordonnent efficacement leurs stratégies économiques.

Où en est le projet aujourd’hui ?
Les institutions régionales poursuivent les travaux techniques et politiques destinés à préparer la monnaie unique. Une nouvelle feuille de route vise toujours un lancement lorsque les conditions de convergence seront réunies, mais les autorités soulignent que la qualité de la préparation prime désormais sur le respect d’une date symbolique.

En définitive, l’ECO demeure bien plus qu’un simple changement de billets ou de pièces. Il s’agit d’un projet de souveraineté économique et d’intégration régionale qui pourrait transformer durablement les échanges en Afrique de l’Ouest. Son succès dépendra toutefois de la capacité des États à harmoniser leurs politiques économiques, à respecter les critères de convergence et à instaurer une gouvernance monétaire commune crédible.

Bambara Soudan

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