Chers camarades, chers congressistes,
Il y a des moments dans la vie d’un militant où les choix que nous faisons nous obligent à assumer, avec dignité, les conséquences qui en découlent, même lorsqu’elles sont douloureuses.
À la veille du premier congrès ordinaire de notre parti, moi qui ai eu l’honneur d’être membre du congrès constitutif du PPA-CI, je ne serai pas parmi vous, n’étant plus membre statutaire du congrès.
Cependant, l’article 21 de nos statuts et l’article 4 de notre règlement intérieur étant suffisamment clairs quant à la composition de cette instance, je n’ai compris ni la nécessité ni la pertinence d’un communiqué interdisant à d’autres camarades et à moi-même de prendre part aux assises du congrès.
La décision de me relever de mes fonctions au sein du parti, je l’ai accueillie avec discipline et respect, par fidélité au Président Laurent Gbagbo et à notre formation politique. Il y a quelque temps, je lui ai publiquement demandé pardon, tout en entreprenant des démarches privées pour réaffirmer cette demande que j’assume pleinement.
J’ai entendu certains dire que ce pardon ne s’adressait qu’à lui et non au PPA-CI. Je veux répondre avec sincérité que si je suis aujourd’hui au PPA-CI, c’est avant tout en raison de l’engagement, du courage et de la vision incarnés par le Président Laurent Gbagbo.
Il demeure le leader incontesté du parti et de la gauche ivoirienne. Il en est la figure centrale, l’inspiration et la mémoire vivante. Lui demander pardon, c’est également m’adresser au parti.
Cela étant dit, le militant de base que je suis ne peut rester silencieux à la veille de ce moment historique pour notre formation politique.
Je voudrais saluer la décision du Comité central de proposer au congrès que le Président Laurent Gbagbo demeure dans une posture d’autorité morale et de garant. Cette orientation lui permettra de jouer pleinement son rôle de guide, de repère et de source permanente d’inspiration pour les générations militantes.
L’élection d’un président exécutif tirant sa légitimité du congrès est tout aussi salutaire. C’est une orientation importante et courageuse qui montre que notre parti est capable de réfléchir à son avenir avec lucidité.
Le plus bel hommage que nous puissions désormais rendre au Président Laurent Gbagbo est de réussir collectivement à porter l’espoir qu’il a incarné presque seul pendant des décennies.
Le Président Laurent Gbagbo a largement fait sa part.
Après dix années d’absence, malgré les obstacles et les épreuves, il a démontré une capacité exceptionnelle à rebondir et à reconstruire, en un temps record, un instrument politique devenu aujourd’hui une force incontournable dans notre pays.
Il nous appartient désormais de faire notre part.
Camarades congressistes,
Le temps est venu de réformer notre parti. Le temps est venu de retourner à la base, à la rencontre des militants, de réorganiser nos structures, de moderniser notre fonctionnement et de fixer de nouveaux objectifs.
Nous devons avoir le courage d’analyser nos insuffisances avec lucidité afin de mettre au service des Ivoiriens une politique qui place l’homme au centre des décisions, cette politique que le Président Laurent Gbagbo nous a enseignée.
Nous devons également regarder les réalités politiques telles qu’elles sont.
Nous avons mené une lutte que nous estimions juste contre le quatrième mandat, parce que nous le considérions contraire à l’esprit de notre Constitution. Cette lutte fut légitime. Mais aujourd’hui, force est de constater qu’elle n’a pas produit les résultats espérés, et plusieurs de nos camarades se retrouvent en prison.
À ces camarades, je veux renouveler ma solidarité et mon soutien indéfectible.
Camarades congressistes,
Donnez mandat à la direction issue du congrès de tourner la page de cette lutte, aussi légitime fût-elle. La politique impose également le courage du réalisme. Le pays continue d’être dirigé, les institutions fonctionnent et un pouvoir est en place.
Permettons donc à notre direction d’appliquer ce que le Président Laurent Gbagbo nous a toujours enseigné : dialoguer lorsqu’il le faut pour préserver la nation et sauver les hommes.
Asseyons-nous et discutons. Œuvrons à vider les prisons ivoiriennes de nos camarades, dont la place n’est ni derrière des barreaux ni dans l’oubli, mais sur le terrain politique, au cœur de la remobilisation de nos bases et de la reconquête démocratique.
Le PPA-CI doit devenir une force historique capable de rebondir pour le bien du peuple ivoirien. Oui, nous avons peut-être plié, mais nous ne sommes pas brisés.
Alors relevons-nous.
Réorganisons-nous.
Et repartons à la rencontre de nos militants.
Pour cela, notre parti aura besoin d’une direction tournée vers l’avenir, capable de redonner confiance et d’incarner à nouveau l’espérance des Ivoiriens.
Nous devons repartir sur des bases nouvelles, avec une répartition claire des responsabilités ; autour d’un leader, garant de la vision et autorité morale ; et autour d’une direction exécutive forte, dynamique et proche des réalités du terrain.
Nous ne devons pas avoir peur de recommencer, à condition de tirer les leçons de nos erreurs.
Le peuple ivoirien est là.
Le peuple attend.
Le peuple compte sur nous.
Nous avons deux années devant nous pour remobiliser, nous réorganiser et nous reconstruire.
Notre priorité doit être d’aller à la rencontre des Ivoiriens, partout, sans arrogance ni illusion, afin de faire un véritable état des lieux de notre implantation et de nos forces réelles.
Regardons la réalité en face pour repartir sur des bases solides, sincères et durables.
Nous devons également parler à une nouvelle génération. La génération du digital attend une manière plus moderne de faire de la politique afin de renforcer notre attractivité.
Adaptons nos méthodes.
Réinventons notre manière de militer.
Et avançons.
L’adversaire n’est pas en interne.
L’adversaire est en face.
Pour ma part, je l’ai dit hier et je le redis aujourd’hui : je reste et demeure militant du PPA-CI, pro-Gbagbo. Car j’ai le devoir de rendre à la vision du Président Laurent Gbagbo ce qu’elle m’a transmis.
Les militants nous regardent.
Les pro-Gbagbo attendent de nous que nous soyons à la hauteur des espoirs suscités.
Le peuple ivoirien a besoin d’une alternative crédible.
Alors relevons-nous.
Réorganisons-nous.
Ensemble.
Bon congrès à toutes et à tous.
Stéphane Kipré
Député de la Nation
Pro-Gbagbo
Militant de base du PPA-CI
































