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Pendant longtemps, ils ont été présentés comme un tandem inséparable : l’un, stratège et figure de l’opposition ; l’autre, candidat de substitution devenu président. Mais aujourd’hui, la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble avoir atteint un point de rupture.
Le 22 mai 2026, dans une décision qui marque un tournant majeur de la vie politique sénégalaise, le président Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko et dissous le gouvernement.

D’une alliance historique à une rivalité ouverte
L’histoire politique récente du Sénégal avait pourtant construit l’image d’un duo complémentaire. Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 à la suite de ses démêlés judiciaires, Sonko avait porté la candidature de Diomaye Faye, qui remporta ensuite l’élection avant de nommer son allié au poste de Premier ministre.

Mais au fil des mois, des divergences sont apparues sur le style de gouvernance, la gestion du parti PASTEF, les arbitrages économiques et la conduite des réformes. Plusieurs observateurs évoquaient depuis début 2026 un «divorce annoncé» au sommet de l’État.

Le fond du désaccord : pouvoir, économie et leadership

Selon plusieurs analyses concordantes, la fracture s’est aggravée autour de trois sujets :
la répartition réelle du pouvoir entre la présidence et la primature ;
la stratégie économique dans un contexte de dette publique et de discussions sensibles avec le Fonds monétaire international ;
l’autonomie politique croissante du président face au parti dirigé par Sonko.

Des déclarations publiques de part et d’autre avaient déjà laissé entrevoir une perte de confiance mutuelle. Début mai, Diomaye Faye affirmait publiquement qu’un Premier ministre reste en fonction tant qu’il conserve sa confiance — une phrase aujourd’hui relue comme un avertissement.

Quelles conséquences pour le Sénégal ?

Cette rupture ouvre une période d’incertitude politique. Le camp présidentiel devra reconstruire un exécutif stable, tandis que Sonko conserve une forte influence populaire et politique, notamment auprès d’une partie de la jeunesse et au sein de la majorité parlementaire.

Pour beaucoup d’analystes, l’enjeu dépasse désormais la relation entre deux hommes : il s’agit de savoir si le projet de «rupture» porté en 2024 peut survivre à la séparation de ses deux figures centrales.

Stéphane Badobré

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