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Ce samedi 19 octobre s’annonce intense pour les Britanniques avec un vote crucial au Parlement sur le Brexit et une grande manifestation pour réclamer un nouveau référendum.

Les députés britanniques siégent exceptionnellement ce samedi pour une session extraordinaire, la première depuis la guerre des Malouines, consacrée au vote sur le Brexit. C’est peut-être donc l’heure de vérité à Westminster. Car si l’accord révisé de Boris Johnson est approuvé, le pays sortira bel et bien de l’UE, que ce soit le 31 octobre ou bien dans les semaines qui suivront. Pour les acteurs principaux de cette longue saga, les enjeux sont énormes et ils se préparent à une épreuve de force sans pitié.

Tout a commencé à 9h30 (heure de Londres, 10h30 heure de Paris), rappelle notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix. Boris Johnson a ouvert la séance pour défendre bec et ongles son accord face aux questions des députés.
Le Premier ministre britannique a assuré, à l’ouverture de cette séance historique du Parlement, que l’accord de Brexit obtenu à Bruxelles constituait « une nouvelle manière d’aller de l’avant » pour le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Saluant « un nouvel accord meilleur à la fois pour le Royaume-Uni et l’UE », le Premier ministre conservateur a appelé les députés à « se rassembler et à rassembler le pays » et à adopter l’accord, qualifiant le vote prévu samedi de « chance historique » de « réaliser le Brexit » et de « permettre au pays d’aller de l’avant » plus de trois ans après le référendum de 2016.

La Chambre des Communes débattra ensuite sur le texte puis le vote devrait débuter après 14h30.

Boris Johnson tente de peser de tout son poids

Tous les partis d’opposition sont vent debout contre le nouvel accord, y compris les unionistes nord-irlandais du DUP qui estiment avoir été trahis par le Premier ministre. Sans ce soutien crucial, chaque voix compte désormais pour Boris Johnson et son équipe qui vont essayer jusqu’au bout de convaincre suffisamment de députés travaillistes dans des circonscriptions pro-Brexit, de rebelles conservateurs et de Brexiters durs pour ratifier son accord.

Et pour bien montrer aux électeurs qu’il faisait tout son possible face à un Parlement récalcitrant, lors d’une déclaration télévisée vendredi soir, Boris Johnson a appelé les députés à l’appuyer afin que le pays passe à autre chose, décrivant lui-même le Brexit comme « un facteur de discorde ».

Un amendement qui pourrait changer la donne

Si l’accord est rejeté, le Premier ministre n’aura d’autre choix que d’envoyer le jour même une lettre demandant un report du Brexit à l’UE. Ce qu’il a accepté de faire tout en affirmant que le pays sortira quand même le 31 octobre sans expliquer cette contradiction.

Si l’accord est approuvé, ce sera la première étape permettant au texte de devenir loi et le gouvernement ne voudra pas perdre de temps afin de réaliser le Brexit le 31 octobre.

Il y a néanmoins un amendement à surveiller, présenté par le conservateur Oliver Letwin qui, même si l’accord passe, vise à obliger Boris Johnson à demander quand même une extension au cas où dans les jours à venir, des députés brexiters chercheraient à faire dérailler le processus législatif afin de précipiter une sortie sans accord le 31 octobre.

Des Britanniques divisés

Et alors que les débats battent leur plein pour régler les conditions du divorce, une manifestation anti-Brexit est prévue devant Westminster pour pousser à la tenue d’un second référendum.
Vendredi, notre envoyée spéciale Béatrice Leveillé s’est rendue à South Bank, sur la rive sud de la Tamise. Là, si touristes et Londoniens profitaient des théâtres, des librairies et des musiciens entre deux averses, le Brexit était dans toutes les têtes. Avec d’un côté ceux qui applaudissent Boris Johnson, comme Paul : « Je suis heureux qu’il ait réussi à obtenir quelque chose. Je ne sais pas ce qui va se passer, donc je ne redoute rien », assure-t-il.

Et de l’autre, ceux qui iront manifester contre le Brexit, comme Marc ce samedi : « C’est une tragédie, c’est le résultat du fait qu’une grande partie de la population ne comprend pas notre place dans le monde, se désole-t-il. Ces gens pensent que nous avons un rôle plus important que celui que nous avons en réalité. Ils ne réalisent pas que ce rôle est amplifié comme pour la France parce que nous sommes membres de l’Union européenne. Ce n’est pas bon pour nous, ce n’est pas bon pour l’Union européenne. Ce n’est pas bon économiquement. C’est catastrophique pour les relations entre les gens. Cela a augmenté le racisme. Nous vivons une sorte de drame et je ne sais pas si on peut l’arrêter. Je pense qu’on sera plus d’un million dans les rues de Londres ».

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