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14 décembre 2020-14 décembre 2021. Un an, jour pour jour, après l’investiture du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, on ne peut s’empêcher un moment de rétrospection. Passé l’épisode de la crise électorale, le président de la République a-t-il réussi à mettre en route sa vision d’une ‘‘Côte d’Ivoire Solidaire’’ ?

Coges : Le verre à moitié plein

Pour le nouveau mandat qu’il inaugurait le 14 décembre 2020, Alassane Ouattara avait tracé à grands traits les chantiers prioritaires. L’un des piliers de la vision du président de la République, on le sait, c’est l’Education. Et dans l’éducation, le point sur lequel Alassane Ouattara a le plus insisté est la suppression des frais des comités de gestion des établissements scolaires (Coges). Effectivement cette volonté du Président Ouattara était concrétisée le 30 décembre 2020, à travers le décret N°2020-997 du 30 décembre 2020 qui mettait un terme au pouvoir des Coges de lever des cotisations exceptionnelles. Mission accomplie un an après ? C’est plutôt une promesse à moitié tenue. Si les parents ne cotisent (presque) plus, les écoles attendent toutefois l’argent pour leur fonctionnement. Ce sont des sommes qui doivent venir d’une part de l’Etat (18 milliards FCFA) et d’autre part, des collectivités locales (12 milliards FCFA), en appui des Coges. À côté de cela, les élus locaux campent sur leur position : ils n’ont pas de sous et donc, ils ne peuvent contribuer. Alassane Ouattara avait aussi rappelé ce 14 décembre 2020, le droit inaliénable qu’est l’éducation pour tous les enfants. Il est «le gage de la transmission des valeurs de génération en génération». Mais l’école gratuite et l’école obligatoire ne sont pas gage de sécurité à l’école. On l’a vu ces derniers jours avec le phénomène des congés anticipés.

Création d’emplois : encore des obstacles

Ce sont les gens bien éduqués qui mènent l’économie. La Côte d’Ivoire a damé le pion sur le plan mondial, à de nombreux pays, avec sa croissance économique exemplaire. Pourtant, cela ne se traduit pas dans le quotidien des Ivoiriens. «Notre réussite économique doit se mesurer, au-delà de la croissance de la richesse nationale, par notre capacité à offrir encore plus d’opportunités à chaque citoyen ivoirien aspirant à un mieux-être, notamment aux plus jeunes», avait pronostiqué Alassane Ouattara au cours de son discours d’investiture. Hélas, la création d’emploi bute depuis des années sur les mêmes facteurs : L’inadéquation formation-emploi ; l’entreprenariat qui tarde à décoller; le secteur privé en difficulté. C’est l’une des raisons pour lesquelles les chefs d’entreprises ont été associés au dernier séminaire gouvernemental.
Le Premier ministre Patrick Achi annonce 8 millions d’emploi d’ici à 2030. Et c’est sur la saine émulation du secteur privé que cela va essentiellement reposer. Du moins pour le chef de l’Etat.

«Je prends aussi l’engagement de renforcer davantage le partenariat avec le secteur privé ; de continuer à bâtir une société qui reconnaît la primauté du secteur privé dans la création d’emplois et de richesse ainsi que la nécessaire complémentarité entre l’État (…)», indiquait Alassane Ouattara, le 14 décembre 2020. Maintenant que le partenariat prend forme, les chômeurs espèrent des retombées.

Lutte contre la pauvreté : de bons points

Qui dit emploi, dit lutte contre la pauvreté. Alassane Ouattara avait pris l’engagement de faire reculer davantage la pauvreté à travers l’émergence d’une classe moyenne d’Ivoiriens, pendant ce quinquennat. Eh bien, il est en train de réussir ce pari. Puisque le taux de pauvreté a chuté de 39,4% en 2020 à 36% en 2021. Les autorités tablent même sur les 25% dans les années à venir. Si la pauvreté a baissé, c’est en partie grâce à des initiatives comme le Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire (Fafci). Le capital de ce fonds a été porté de 20 milliards à 25 milliards FCFA à compter du 13 juillet 2021. Plus de 260 000 femmes ont déjà bénéficié de cette aide. Des mesures clés ont été prises pour les familles vulnérables. A savoir la subvention de 30 000 branchements à l’eau courante cette année pour les ménages à faibles revenus. Sans oublier que dans le cadre du projet Filets sociaux productifs, le gouvernement a distribué, au premier trimestre 2021, 42,7 milliards de FCFA aux ménages sous forme d’allocation familiale et de subventions.
Toujours pour l’amélioration du cadre de vie de la population, un programme de restructuration des quartiers précaires d’Abobo PK18, de Koumassi Aklomiabla, de Koumassi Divo 1 et Divo 2, de Koumassi Grand campement et de Yopougon Gesco Restructuration a été lancé le 29 novembre 2021. Ces 5 quartiers seront dotés des services urbains essentiels (l’électricité, l’éclairage public, l’eau potable et le traitement des eaux usées), des équipements sociaux collectifs de proximité (établissements scolaires, sportifs, espaces publics), et des installations visant à juguler les risques d’inondations et à améliorer substantiellement la salubrité. Estimée à 32,8 milliards de Fcfa, cette initiative de désenclavement qui s’inscrit dans le cadre du Projet d’aménagement des quartiers restructurés d’Abidjan (Paqra).

Lutte contre la corruption : peut mieux faire

Pour que la lutte contre la pauvreté porte, il faut assainir. Et donc, combattre la corruption. C’est également l’un des axes majeurs du chef de l’Etat. «(…) La corruption sape les fondements même de l’Etat de droit et de la démocratie. Elle altère la bonne foi indispensable au fonctionnement correct des Institutions gouvernementales, politiques et économiques. La corruption entraîne une mauvaise utilisation des fonds publics et elle fausse la concurrence en faisant obstacle au commerce et à l’investissement», faisait savoir Alassane Ouattara lors de son investiture, tout en promettant de se dresser vigoureusement contre cette gangrène. Un an après, les premiers résultats sont encourageants. Les audits lancés récemment dans plusieurs sociétés publiques ont abouti au licenciement de certains directeurs généraux accusés de mauvaise gestion. Mais, aucune sanction pénale n’a encore été prise contre les fautifs. Il faudra non seulement étendre les audits, mais aussi, punir juridiquement les auteurs de corruption.

Santé : sur une bonne lancée

Un esprit sain doit demeurer dans un corps sain. La santé, pour le chef de l’Etat a besoin de connaître un bond en avant avec la généralisation de la Couverture maladie universelle (CMU) et l’amélioration de la qualité de l’offre de soins. Là aussi, les choses avancent bien. De nombreux services de santé ont été inaugurés cette année. D’autres sont en cours de réhabilitation. À côté de cela, le conseil des ministres du 1er décembre 2021 a adopté 9 décrets d’application pour la mise en route de la réforme hospitalière. Une lancée sur laquelle il faudra continuer, au regard de la tâche herculéenne qui attend les autorités pour améliorer la santé.

Réconciliation nationale : encore fragile

Il faut un climat sécurisé pour permettre au gouvernement de mettre en marche sa politique. Avec le Conseil national de sécurité (CNS), la lutte contre le terrorisme dans la sous-région est suivie de près par les Ivoiriens. Et des efforts sont faits, dans la coopération sous-régionale, l’acquisition de matériels militaires, mais aussi dans la sensibilisation des populations. Sur le plan interne, le dialogue politique enclenché après les troubles pré et post-électoraux de 2020 ont abouti à la création d’un ministère en charge de la Réconciliation nationale, comme promis par Ouattara. Mais aussi, au retour au bercail de plusieurs personnalités politiques. Parmi eux, l’ex-chef d’Etat Laurent Gbagbo. Plusieurs prisonniers ont également été graciés et le dialogue politique est en cours. Là aussi, le chef de l’Etat est en train de réussir son pari. Seul problème, le climat social dépend plus des desideratas des politiciens que du programme de ‘‘rapprochement’’ décliné par le gouvernement. Rien n’est jamais acquis.

Stéphane Badobré

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