Réunis dans la nuit du dimanche 23 août 2026 au foyer de Tomono, dans la région du Béré, les résidents et les membres de la Mutuelle de développement de Tomono (MUDETO) ont tenu une Assemblée générale consacrée à plusieurs préoccupations majeures qui touchent à la vie et à l’avenir de la communauté. Au-delà des échanges et des prises de parole, cette rencontre a surtout eu le mérite de poser une question essentielle : la MUDETO est-elle aujourd’hui à la hauteur des ambitions que les filles et fils de Tomono nourrissent pour leur village ?
L’Assemblée générale a ainsi pris des allures de séance d’autocritique collective, invitant chacun à regarder avec lucidité les acquis, mais aussi les insuffisances, les retards et les responsabilités individuelles et collectives.
L’implication de tous : le premier défi
L’un des principaux enseignements de cette rencontre demeure la nécessité d’une implication beaucoup plus forte de l’ensemble des fils et filles de Tomono.
Une association de développement ne peut être portée durablement par quelques personnes. La MUDÉTO ne saurait être uniquement l’affaire de ses dirigeants ou d’un groupe de membres particulièrement actifs. Elle doit devenir l’affaire de tous.
Les débats ont donc mis en lumière la nécessité de dépasser les clivages, les susceptibilités et les comportements attentistes. Chacun, selon ses moyens, ses compétences et sa disponibilité, doit pouvoir apporter sa contribution à la marche de l’organisation.
Car, au fond, une question mérite d’être posée : comment réclamer davantage de réalisations pour Tomono si l’engagement collectif reste insuffisant ?
Les cotisations : une responsabilité à assumer
La question des cotisations a également occupé une place importante dans les échanges.
Pour fonctionner efficacement et financer ses actions, toute organisation communautaire a besoin de ressources régulières. La MUDÉTO n’échappe pas à cette réalité.
Les participants ont ainsi insisté sur la nécessité d’une meilleure régularité dans le paiement des cotisations et d’une plus grande responsabilisation des membres.
Au-delà de l’aspect financier, la cotisation apparaît comme un acte d’engagement et d’appartenance à la communauté.
L’enjeu est donc de créer davantage de confiance et de transparence afin que chaque membre comprenne l’utilité de sa contribution et puisse mesurer concrètement son impact sur les actions entreprises.
Lotissement : sortir des lenteurs et privilégier l’intérêt collectif
Autre dossier majeur évoqué : le lotissement de Tomono.
Le foncier représente aujourd’hui un enjeu stratégique pour l’avenir du village. La question ne concerne pas seulement l’attribution de parcelles ou l’organisation de l’espace. Elle touche directement au développement urbain, à l’installation des générations futures et à la capacité de Tomono à se développer de manière ordonnée.
L’Assemblée générale apparaît ainsi comme un cadre approprié pour appeler à davantage de clarté, de responsabilité et de célérité dans le traitement de ce dossier.
Tomono ne peut pas se permettre de perdre du temps sur des questions qui engagent son avenir.
La réserve foncière : préserver aujourd’hui pour construire demain
La problématique de la réserve foncière est tout aussi cruciale.
Dans un contexte où la pression sur les terres s’accroît, la préservation d’espaces destinés aux équipements collectifs et aux futurs projets de développement doit constituer une priorité.
Écoles, centres de santé, infrastructures administratives, espaces sportifs, marchés, lieux de culte, équipements communautaires : tous ces besoins nécessitent de disposer de terrains.
La réserve foncière doit donc être considérée comme un patrimoine collectif à protéger, et non comme une opportunité individuelle à court terme.
L’enjeu est simple : que restera-t-il aux générations futures si toutes les terres disponibles sont progressivement dispersées ?
Renouvellement des instances : préparer une nouvelle dynamique
L’autre question importante soulevée lors de cette Assemblée générale concerne le renouvellement des instances dirigeantes de la MUDETO.
Une organisation qui veut durer doit savoir préparer sa relève. Le renouvellement ne doit toutefois pas être perçu comme un affrontement entre générations ou comme une remise en cause des personnes ayant contribué à la construction de l’association.
Il doit plutôt être envisagé comme un mécanisme normal de respiration démocratique et de transmission.
La MUDETO aura besoin, demain, de nouveaux responsables capables de mobiliser les jeunes, les femmes, les cadres, les opérateurs économiques et l’ensemble des ressortissants de Tomono, aussi bien au village qu’à l’extérieur.
L’expérience des anciens doit pouvoir rencontrer l’énergie et les compétences de la nouvelle génération.
Une autocritique qui doit déboucher sur l’action
Au terme de cette Assemblée générale, le plus important ne sera pas seulement ce qui a été dit, mais ce qui sera fait après le 23 août.
L’autocritique n’a de sens que si elle débouche sur des décisions concrètes, un calendrier et des responsabilités clairement définies.
La MUDETO doit désormais pouvoir répondre à plusieurs interrogations : comment améliorer le taux de cotisation ? Comment accélérer les dossiers liés au lotissement ? Comment sécuriser définitivement la réserve foncière ? Comment renforcer la participation des jeunes et des femmes ? Comment améliorer la communication interne ? Et surtout, comment faire de la MUDETO une organisation véritablement représentative de toutes les composantes de Tomono ?
Le président Ba Issouf Bakayoko ayant assuré que les préoccupations exprimées ont été entendues, les prochains jours seront désormais déterminants. La présentation annoncée du nouveau bureau constituera un premier test de cette volonté de renouvellement.
Un nouveau pacte pour Tomono
L’Assemblée générale du 23 août 2026 pourrait ainsi constituer un tournant.
Tomono dispose d’atouts importants et nourrit de grandes ambitions pour son avenir. Mais aucun développement durable ne peut se construire sans organisation, discipline, solidarité et engagement collectif.
Le message qui ressort de cette rencontre est donc clair : la MUDETO doit se réinventer sans renier son histoire, corriger ses insuffisances sans chercher des coupables et surtout rassembler plutôt que diviser.
Le véritable défi n’est pas de savoir qui a raison ou qui a tort. Il est de savoir quelle organisation les fils et filles de Tomono veulent léguer aux générations futures.
Et si l’Assemblée générale du 23 août a permis de poser les bonnes questions, il appartient désormais à chacun de contribuer à apporter les bonnes réponses.
Tomono a besoin de tous. La MUDETO aussi.
Stéphane Badobré
































