Dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, au cœur du département de Mankono, Tomono apparaît de plus en plus comme un véritable pôle démographique, commercial et agricole.
Avec une population recensée de 7 876 habitants dès 2014, la localité ne se présente plus comme un simple village rural. Elle constitue un important carrefour entre plusieurs zones de production et d’échanges et polarise un ensemble de villages et de campements.
Aujourd’hui, au regard de son poids démographique, de son activité économique et de son éloignement des centres administratifs, la création d’une sous-préfecture à Tomono mérite d’être sérieusement examinée par les pouvoirs publics.
7 876 habitants en 2014 : un poids démographique déjà significatif
Les données du RGPH 2014 de l’Institut national de la statistique (INS) attribuaient à Tomono une population de 7 876 habitants, composée de 3 955 hommes et 3 921 femmes.
Ce chiffre est particulièrement révélateur lorsqu’on le compare à plusieurs autres localités de l’ancienne sous-préfecture de Mankono : Tomono comptait alors davantage d’habitants que plusieurs villages importants de cette circonscription.
Surtout, cette population ne doit pas être considérée isolément. Tomono exerce une fonction de polarisation sur plusieurs villages et campements environnants, ce qui porte sa population fonctionnelle bien au-delà des seuls habitants recensés dans le village.
Un article consacré à la localité faisait déjà état, il y a une dizaine d’années, d’une population desservie estimée à près de 10 000 personnes par les services de santé et les activités économiques de Tomono.
Un territoire qui a déjà les caractéristiques d’un centre administratif
L’un des arguments les plus solides en faveur de l’érection de Tomono en sous-préfecture réside dans les fonctions que la localité exerce déjà.
Tomono dispose notamment d’infrastructures scolaires et sanitaires et accueille un marché hebdomadaire qui attire des populations venues de plusieurs localités. Les activités agricoles, notamment autour du coton et de l’anacarde, ont contribué à son développement et à l’augmentation de sa population.
La localité se trouve par ailleurs sur un axe qui lui confère une fonction de carrefour. Les populations de plusieurs villages environnants viennent y vendre leurs productions, s’approvisionner et accéder à différents services.
Autrement dit, Tomono remplit déjà une partie des fonctions que l’on attend d’un chef-lieu de sous-préfecture.
Un bassin territorial qui justifie une administration de proximité
Le décret portant ressort territorial des régions, départements, sous-préfectures et communes répertorie Tomono avec plusieurs localités rattachées à son espace : Dawala, Brahima, Gona, Samorosso, Sokoro, Tomono et Tondolo.
Cette configuration territoriale est importante. Une sous-préfecture ne doit pas seulement être appréciée à partir de la population de son chef-lieu, mais également à partir de l’espace qu’elle est appelée à administrer et des populations qu’elle doit rapprocher de l’État.
Dans cette perspective, Tomono possède un atout majeur : sa position lui permettrait de rapprocher l’administration déconcentrée de plusieurs communautés rurales aujourd’hui dépendantes de centres administratifs plus éloignés.
Mankono : un département de plus de 271 000 habitants
Les données du RGPH 2021 donnent une autre indication de l’évolution du territoire.
Le département de Mankono compte désormais 271 894 habitants, dont 142 560 hommes et 129 334 femmes, répartis dans plusieurs sous-préfectures.
À l’échelle de la région du Béré, la population atteint 492 151 habitants.
Ces chiffres montrent la pression démographique et les besoins croissants en services publics : état civil, éducation, santé, sécurité, agriculture, administration foncière, développement local et accompagnement des populations vulnérables.
L’administration territoriale doit donc évoluer en fonction de la croissance démographique et économique des différents bassins de vie.
Le développement agricole renforce l’argument
L’avenir de Tomono ne repose pas uniquement sur sa démographie.
La zone possède un potentiel agricole important, notamment pour l’anacarde, le coton et d’autres cultures vivrières. Le dynamisme agricole constitue un facteur d’attractivité pour les populations et favorise le développement du commerce, du transport et des services.
Or, dans les zones rurales, l’accès à une administration de proximité joue un rôle déterminant dans la sécurisation foncière, l’accompagnement des producteurs, la résolution des conflits, l’établissement des actes administratifs et la mise en œuvre des programmes publics.
La création d’une sous-préfecture pourrait ainsi faire de Tomono un véritable centre administratif au service du développement agricole du bassin.
Une administration plus proche des populations
L’érection de Tomono en sous-préfecture aurait surtout une dimension sociale.
Pour une population rurale, parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour accomplir une démarche administrative peut représenter une dépense importante et une perte de temps considérable.
Disposer sur place d’une administration préfectorale de proximité faciliterait notamment :
l’établissement des actes d’état civil ;
la délivrance de documents administratifs ;
l’encadrement des villages et campements ;
la prévention et le règlement des conflits fonciers ;
la coordination des services publics ;
la mise en œuvre des programmes sociaux ;
l’encadrement du monde agricole ;
la sécurité des personnes et des biens ;
la collecte et la remontée des données statistiques.
La sous-préfecture serait donc moins un symbole administratif qu’un outil de développement.
Tomono, un candidat crédible à la déconcentration administrative
Il convient toutefois de préciser qu’une demande d’érection en sous-préfecture doit être appréciée par l’État sur la base de plusieurs critères : population, superficie, accessibilité, nombre de localités à administrer, infrastructures disponibles, potentiel économique, distance par rapport aux chefs-lieux existants et capacité à accueillir les services administratifs.
Sur plusieurs de ces critères, Tomono dispose déjà d’arguments sérieux.
En 2014, la localité affichait 7 876 habitants. Elle disposait déjà d’un groupe scolaire comprenant plusieurs écoles et un cycle maternel, d’un centre de santé et d’une maternité. Son marché hebdomadaire attirait des populations de plusieurs localités.
Plus d’une décennie plus tard, dans un contexte de croissance démographique et d’intensification des activités agricoles, la question mérite donc d’être réactualisée à partir des données du RGPH 2021 et d’un recensement administratif actualisé.
La création d’une sous-préfecture ne devrait pas être présentée comme une faveur accordée à Tomono, mais comme une décision d’aménagement équilibré du territoire.
L’objectif serait de créer un nouveau pôle administratif capable de servir efficacement les populations rurales, de soutenir l’économie locale et de rapprocher l’État des citoyens.
Avec ses 7 876 habitants recensés en 2014, son rôle de carrefour, son bassin agricole, ses infrastructures existantes et les nombreuses localités qui gravitent autour d’elle, Tomono possède plusieurs des caractéristiques nécessaires pour porter cette ambition.
Le moment d’ouvrir le débat
La question n’est donc plus seulement de savoir si Tomono souhaite devenir sous-préfecture. Il s’agit désormais de déterminer si son poids démographique, territorial et économique justifie une administration déconcentrée de proximité.
Une étude technique pourrait permettre de mesurer précisément, à partir des données actualisées, le nombre de villages et campements concernés, la population réellement desservie, les distances avec Mankono et les autres centres administratifs, le potentiel économique de la zone et les infrastructures disponibles.
À l’heure où la Côte d’Ivoire poursuit sa politique de rapprochement de l’administration des populations et d’équilibre territorial, Tomono apparaît comme un dossier qui mérite d’être posé officiellement sur la table des pouvoirs publics.
Ériger Tomono en sous-préfecture, ce serait reconnaître une réalité démographique et économique déjà visible sur le terrain, tout en donnant à cette partie du département de Mankono un nouvel instrument pour accélérer son développement.
Chiffres-clés :
-7 876 habitants à Tomono selon le RGPH 2014 ;
-3 955 hommes et 3 921 femmes ; environ 10 000 personnes desservies par son bassin de vie selon une estimation rapportée par la presse ;
-271 894 habitants dans le département de Mankono au RGPH 2021 ;
-492 151 habitants dans l’ensemble de la région du Béré au RGPH 2021 ;
-7 localités répertoriées dans le ressort territorial de Tomono.
Bambara Soudan
































