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Le génie iranien est vanté dans de nombreux domaines comme la technologie, la médecine, l’art, les mathématiques et aussi en matière de gestion de l’environnement et du développement durable. Toutes les villes de ce pays semi-aride et montagneux ont un couvert végétal urbain impressionnant qui lutte à la fois contre la désertification mais aussi contre le stress hydrique.

La capitale, Téhéran «la verte», mégalopole de 20 millions d’habitants est dans ce domaine un symbole et l’illustration canonique de ce savoir-faire millénaire en ingénierie écologique et bioclimatique.

L’un des savoir-faire utilisés par les ingénieurs iraniens aujourd’hui pour notamment faire de la capitale Téhéran un écrin de verdure au milieu des montagnes arides est le Qanat qui a mille ans d’histoire.

La ville de Téhéran compte plus de 7 millions d’arbres au sein de sa zone urbaine, complétés par de vastes forêts périurbaines qui la ceinturent pour lutter contre la pollution et l’avancée du désert.

Pour maintenir cette immense forêt urbaine qui a été intégralement plantée en vie, dans une région semi-aride où l’été est brûlant, la ville s’appuie sur une combinaison unique de savoir-faire ancestral et d’aménagement urbain : les Qanats couplés au réseau des « Joubs ».

Le Qanat est un système millénaire de canaux souterrains qui captent l’eau des nappes phréatiques des montagnes pour l’acheminer vers les plaines arides par la seule force de la gravité.

Ce système d’arrosage des montagnes jusqu’au pied des arbres qui fonctionne sans interruption toute l’année, repose sur deux structures clés : Les Qanats pour l’approvisionnement en eau et les Joubs qui sont des rigoles à ciel ouvert.

Il faut dire que Téhéran est construite au pied de la chaîne de montagnes de l’Alborz et sous la ville serpentent des dizaines de qanats millénaires.

Ces galeries souterraines captent donc l’eau des nappes phréatiques situées en amont dans la montagne. Cette eau s’écoule ensuite naturellement par gravité sur des kilomètres jusqu’à la ville, totalement protégée du soleil de plomb, ce qui évite toute évaporation.

Une fois que l’eau des qanats atteint la surface en ville, elle se déverse dans les joubs qui sont des canaux et rigoles en béton ou en pierre qui bordent la quasi-totalité des rues et boulevards de Téhéran.

Les arbres principalement des platanes qui s’appellent en farsi (langue perse) Chenar (le Roi de Téhéran) mais aussi des pins et des cyprès sont plantés directement à l’intérieur ou le long de ces canaux. Toute chose qui fait que leurs racines baignent ainsi en permanence dans l’eau fraîche qui descend des montagnes.

Ce système fonctionne 365 jours par an parce que les qanats sont alimentés par la fonte lente des neiges et les réserves des roches montagneuses. (l’Iran a ceci de fascinant que dans la même journée on retrouve aux quatre coins du pays les quatre saisons de l’année que sont l’Hiver, le printemps, l’été, l’automne).

Même au pic de la saison sèche, les tunnels souterrains amènent un filet d’eau continu. Pendant les mois d’hiver ou de fortes pluies, l’eau des joubs sert également à évacuer le surplus des eaux de ruissellement.

L’avenue Valiasr, la plus longue artère de Téhéran et du Moyen-Orient, (qui a inspiré à Houphouët-Boigny le Boulevard Giscard D’Estaing qui est aujourd’hui Boulevard Felix Houphouët-Boigny), est l’exemple le plus célèbre de ce système. Elle est bordée de chaque côté par des milliers de platanes centenaires dont la survie dépend entièrement de cette eau montagneuse qui s’écoule à ciel ouvert dans la rue.

Les iraniens sont très prévoyants et c’est aussi cela le moteur de leur intelligence.

Dès lors, pour faire face a toute éventualité en termes de modification climatique, les urbanistes et la municipalité de Téhéran déploient une stratégie de Réutilisation des Eaux Usées Traitées pour compléter ce réseau dans les zones modernes de la ville ou sur les autoroutes périphériques avec l’irrigation au goutte-à-goutte.

Ordinairement, Téhéran envoyait ses eaux usées vers une seule mégastructure au sud (la station de Varamin), ce qui rendait le renvoi de l’eau traitée vers le nord (en altitude) très coûteux en énergie.

Comme solution, la ville installe de petites stations d’épuration décentralisées directement au cœur des parcs ou à proximité des grands districts urbains. L’eau est ainsi collectée, traitée localement (traitements secondaires et tertiaires éliminant les matières organiques et les bactéries), puis réinjectée immédiatement dans les réseaux d’arrosage environnants.

Pour acheminer cette eau non potable sans risque sanitaire, la municipalité sépare strictement ses infrastructures : Pour les arbres alignés le long des avenues et les zones isolées, des flottes de camions-citernes remplis d’eaux usées traitées approvisionnent les sols.

Dans les parcs modernes et les ceintures forestières artificielles périurbaines (comme le parc de Chitgar ou les collines d’Abbas Abad), les ingénieurs connectent l’eau recyclée à des réseaux de micro-irrigation enterrés. Cela évite la dispersion d’aérosols d’eau traitée dans l’air public et maximise l’efficacité hydrique en limitant l’évaporation.

Enfin en matière de protection de l’environnement et du couvert végétal, la législation sur l’abattage des arbres repose principalement sur une loi stricte et historique adoptée pour la première fois en juillet 1973 : la Loi sur la protection et l’expansion des espaces verts et des vergers dans les villes.

Bien que cette loi ait fait l’objet de plusieurs amendements et décrets d’application par le Majlis (Parlement) au fil des décennies, son principe fondamental reste le même L’abattage non autorisé d’un arbre y est sévèrement encadré par plusieurs règles importantes :

D’abord l’interdiction stricte sans permis. Il est formellement interdit d’abattre, de déraciner ou de détruire des arbres situés dans les limites urbaines (qu’ils se trouvent sur l’espace public, dans des vergers ou même dans des cours et propriétés privées) sans avoir obtenu au préalable un permis officiel de la municipalité.

Ensuite, le système de sanctions pénales et financières. Toute coupure arbitraire d’arbre expose le contrevenant à une double peine à savoir des amendes financières calculées généralement par arbre abattu en fonction de son âge, de son essence (les Chenars séculaires étant particulièrement protégés) et de sa circonférence ; des peines d’emprisonnement : Le Code pénal iranien prévoit des sanctions de prison pour la destruction délibérée d’espaces verts ou l’abattage illégal d’arbres à grande échelle enfin la confiscation des terres :

Dans les zones urbaines, si un propriétaire détruit délibérément un verger ou des arbres pour y bâtir un immeuble, la municipalité a légalement le droit de confisquer le terrain pour le transformer en parc public.

Au-delà des villes, l’Iran applique également des lois de préservation stricte pour ses forêts naturelles (comme les forêts de Zagros ou d’Hyrcanie). Un programme national appelé « Plan de respiration des forêts » (Breathing Plan) interdit strictement toute forme d’exploitation commerciale ou d’abattage de bois dans les forêts publiques menacées.

Nos pays africains victimes des effets du changement climatique et qui voient dans le développement durable leur salut pourraient avantageusement bénéficier dans le cadre de la coopération sud-sud plus adhérente à leurs préoccupations, de cette expertise et expérience iraniennes en matière de développement de leurs couverts végétaux, de leurs mécanismes de luttes contre la désertification et de la gestion efficiente des eaux usées de leurs grandes villes.

Les iraniens ont toujours marqué une grande disposition et même un enthousiasme en matière de coopération sud-sud.

Prof. Moritié

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