PARTAGER

Dans l’imaginaire populaire, le souvenir de Gandhi est rattaché à la non-violence et au choix du dialogue pour solder les différends entre les peuples et l’unité de l’Inde.
A son actif, sa farouche opposition à la partition de l’Inde entre les entités qui sont aujourd’hui, l’Inde, le Pakistan et le Bengladesh. Une partition qui a quand même eu lieu en 1947 au prix de plus d’un million de morts dans les violences communautaires entre Musulmans et Hindous. Il est également célèbre pour le choix de la non-violence dans la lutte du peuple indien pour obtenir son indépendance de la Grande-Bretagne.

En dehors de ces faits susmentionnés, il demeure une personne hautement controversée avec des postures et des propos condamnables envers les Noirs et les femmes notamment.

Gandhi, de son nom complet Mohandas Karamchand Gandhi, est né le 2 octobre 1869 en Inde mais a vécu en Afrique du Sud de 1893 à 1914, soit pendant 21 ans.

En effet, après ses études à Londres en Angleterre, il peine à trouver du travail en Inde, lorsqu’en 1893, la firme de commerce indienne Dada Abdullah & Co lui propose un contrat d’un an pour régler un important litige financier en Afrique du Sud.

Il débarque donc la même année en Afrique du Sud avec l’intention de retourner en Inde une fois le dossier pour lequel il est venu serait soldé, mais il restera finalement 21 ans sur place.

Il serait lui-même confronté au racisme des Blancs lorsque seulement un mois après son arrivée, il est expulsé le 7 juin 1893, d’un wagon de première classe à la gare de Pietermaritzburg en raison de sa couleur de peau. S’il est resté aussi longtemps en Afrique du Sud, c’est parce qu’en début d’année 1894, le gouvernement colonial vote une loi retirant le droit de vote aux marchands indiens. La communauté indienne locale le supplie de rester pour organiser la défense de leurs droits civiques. Il fonde alors le Congrès indien du Natal.

Son métier d’avocat va consister en grande partie à défendre les droits des Indiens face à de nombreuses nouvelles lois vexatoires portant sur l’imposition de taxes discriminatoires, d’obligations d’enregistrements dactyloscopiques ou encore d’invalidations des mariages non chrétiens.

En même temps qu’il luttait pour les droits des Indiens, il trouvait normal que les populations noires qu’il qualifiait de «cafres» ou de «primitifs» dans ses écrits, soient marginalisées.

Il refusait que les colons britanniques traitent les indiens comme les Noirs, parce qu’il considérait que les Indiens étaient supérieurs aux Noirs qu’il qualifiait de «sauvages et de mécréants».
Il a été très intéressé à lutter pour obtenir une séparation stricte entre les Blancs, les Indiens et les Noirs dans les espaces publics.

Dans des lettres et récits de 1904 et 1908, il exprime son opposition ferme au mélange des populations, qualifiant les Africains de «peuple sale» et les comparant à des animaux. Il a donc fortement milité pour l’instauration d’entrées séparées dans les services publics et Gandhi qui a été arrêté et emprisonné à quatre reprises durant les 21 ans passés en Afrique du Sud, s’est plaint à chaque fois lors de la promiscuité avec des détenus noirs qualifiés de grossiers et vivant «presque comme des animaux»

Toute chose qui explique qu’il a été l’un des plus fervents supporters de la guerre que l’armée britannique lance contre les Zoulous en 1906.

Gandhi a rejeté toute mise sur le même plan des Indiens et des «sauvages ou indigènes d’Afrique», affirmant sa croyance en la pureté des races et la prédominance blanche en Afrique du Sud, tout en opposant la civilisation indienne à l’absence perçue de civilisation chez les «Cafres».

Dans son journal Indian Opinion en 1903, il soutient une vision hiérarchisée des races, qualifiant les Blancs de «race dominante» et les indigènes d’«incivilisés». C’est ainsi que lorsqu’il deviendra le leader de l’émancipation de l’Inde de la Grande-Bretagne, il va dénoncer le traitement des intouchables tout en défendant le système des castes comme base de l’ordre social hindou. Il était un défenseur de la hiérarchisation des races humaines.

En 1939 et 1940, il a écrit à Adolf Hitler en l’appelant «cher ami» et a conseillé aux Juifs envoyés dans les camps d’extermination d’utiliser la non-résistance face au nazisme. De manière subliminale, il conseillait aux juifs d’Europe le suicide collectif plutôt que la résistance armée.

Les historiens soulignent que Gandhi a grandement évolué après son retour en Inde en 1915, se transformant en leader humaniste et condamnant le racisme à la fin de sa vie. Néanmoins, ses écrits sud-africains restent une tâche sombre ineffaçable de sa biographie.

D’ailleurs, c’est la consultation de ses écrits compilés dans ses œuvres complètes (The Collected Works of Mahatma Gandhi) qui a poussé des universitaires à faire déboulonner sa statue à l’université d’Accra en 2018.

En effet, la statue de Gandhi au Ghana a été offerte par le gouvernement indien et inaugurée en juin 2016 sur le campus de l’université nationale du Ghana à Legon, à Accra. Conçue initialement comme un symbole de l’amitié diplomatique bilatérale, elle a été déboulonnée le 11 décembre 2018 à la suite d’une intense mobilisation populaire. Déjà en avril 2015, des Sud-Africains ont également réclamé eux aussi le retrait d’une statue de Gandhi située à Johannesburg, qui a été vandalisée face au refus des autorités de la retirer.

Dans un article publié dans The Indian Express le 17 septembre 2015, son petit-fils et biographe Rajmohan Gandhi, estimait que son grand-père était : «indubitablement plein d’ignorance et de préjugés au sujet des Noirs d’Afrique du Sud», tout en rappelant que son grand-père était un être humain imparfait qui avait fini par s’ouvrir radicalement et progresser au fil de sa vie.

En dehors de ses positions racistes, Gandhi avait des pratiques personnelles et familiales que l’on peut qualifier de déviantes.

En effet, pour tester sa maîtrise du désir, il dormait nu avec de jeunes femmes et des nièces, ce que beaucoup considèrent comme un abus de pouvoir moral. Il a refusé l’administration de pénicilline ou de traitements modernes à sa femme Kasturba, qui est morte d’une pneumonie en 1944, alors qu’il acceptait la quinine pour soigner son propre paludisme.

Il sera lui-même assassiné le 30 janvier 1948 à New Delhi à l’âge de 78 ans. Il était exactement 17 h 17, alors qu’il marchait vers la pelouse pour diriger sa prière œcuménique quotidienne, l’assassin s’est approché, s’est incliné en signe de respect, puis a tiré trois balles à bout portant dans sa poitrine et son abdomen avec un pistolet Beretta. Selon la légende, le vieux leader s’est effondré en prononçant «Hé Ram» («Ô Dieu»).

Son meurtrier est Nathuram Godse, un hindou nationaliste radical, membre de l’organisation extrémiste Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) et du parti Hindu Mahasabha. Il reprochait à Gandhi sa politique de non-violence, sa complaisance jugée excessive envers la minorité musulmane et son acceptation de la partition des Indes, qu’il considérait comme une trahison envers la nation hindoue.

Après le meurtre, Godse n’a pas cherché à fuir et a été immédiatement arrêté par la foule et la police. Son procès s’est ouvert en mai 1948 au Fort Rouge de Delhi. Le verdict a condamné à mort Nathuram Godse et son principal complice, Narayan Apte, qui ont été pendus le 15 novembre 1949, malgré les demandes de clémence des fils de Gandhi, qui souhaitaient respecter la philosophie de non-violence de leur père.

Prof. Moritié

PARTAGER