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Gbagbo! D’aucuns l’ont surnommé «le Machiavel de la lagune Ebrié». Ils ont eu le nez creux. Avec cet homme, la fin, effectivement, justifie les moyens. Dans cette modeste contribution, je m’évertuerai à observer que Gbagbo n’est pas le nationaliste souverainiste dont il arbore le manteau. Le mari de Simone et Nadiana est un véritable démagogue goguenard et hypocrite. Toujours en train de vendre du pipeau à ceux qui ne prennent pas le temps de l’appréhender. Avec lucidité. En plus des coups de pioche qu’il enfonce dans les textes légaux régissant le mariage civil et ses pratiques de polythéisme avérées, Gbagbo a toujours menti quant à sa vision des rapports que la Côte d’Ivoire devrait entretenir avec l’étranger. Petit détour dans les milieux des affaires et de l’économie au pays d’Houphouët.

Le secteur du cacao: la poule aux œufs d’or entre les mains des multinationales!

Tout le monde sait ce que représente le cacao dans l’économie ivoirienne. C’est la mamelle à laquelle le pays s’agrippe bon an mal an. Ici, ce sont les multinationales étrangères qui font la pluie et le beau temps. Elles ont fait main basse sur l’or brun ivoirien avec la bénédiction du clan Gbagbo. ADM (Archer Daniels Midland) et Cargill sont américaines, Barry Callebaut suisse, CEMOI française et Armajaro britannique. Sous les yeux de l’ex-président, ces firmes, véritables ogres insatiables, ont englouti dans leur panse immense tout le secteur, allant jusqu’à devenir productrices avec le système des plantations financées pour les agriculteurs. Anthony Wald, propriétaire d’Armajaro, est un homme d’affaires très proche de Bohoun Bouabré, un ancien ministre des finances de Gbagbo. Wald a près de 50.000 producteurs sous sa coupe. ADM aussi « arrose » environ 24.000 paysans. L’on n’a point besoin de sortir d’un institut polytechnique pour comprendre que même la production est en train de nous échapper. En dix ans de règne-Gbagbo, les exportateurs ivoiriens ont presque disparu du secteur! Même la Saf-Cacao qu’on pouvait considérer comme ivoirienne ne l’est qu’en apparence. Les frères libanais Amer (Ahmed et Adnan) et Lakiss seraient des hommes-écrans du clan des Refondateurs. Comment en moins de dix ans, ces petits intermédiaires, inconnus dans le sérail, venus d’Adzopé, bastion de l’ancien ministre des mines de Gbagbo, ont pu supplanter les entreprises voraces que sont Cargill, ADM et Armajaro? Coup de pouce du pouvoir des malotrus! A la vérité, les Ivoiriens ont simplement été phagocytés et gommés du segment-exportation. Qu’en dit le prétendu nationaliste Laurent? Silence, on refonde! En manque de vision pour le monde agricole à qui il promettait monts et merveilles alors qu’il battait le pavé, serviette au cou, le roitelet l’a plongé dans une situation de sinistre dont on ne prend pas conscience à présent. Dans le feu de l’action. Aujourd’hui, selon un expert du milieu,« nous sommes passés d’un monopole d’état à un oligopole dominé par les multinationales».Pauvre Côte d’Ivoire«refondée»!
Même le transit et le financement de la campagne cacaoyère sont tenus par l’étranger. SDV-SAGA du groupe français Bolloré et SIVOM sont maîtres dans le transit alors que les filiales des banques occidentales financent l’achat. Ainsi, tout est accompli. Un producteur, désabusé et révolté, puise dans le terroir pour résumer la situation : «C’est comme un renard libre dans un poulailler libre».
Qu’en est-il du secteur minier?

Or, bauxite, fer, manganèse aux enchères par le clan Gbagbo !

Là aussi, le tableau est assez révélateur des mensonges que le sieur Gbagbo brandit à tout vent et à tout venant africain. Sa prétendue souveraineté ne tient pas à l’analyse de la réalité que beaucoup d’Ivoiriens et Africains ignorent. Le président sorti lors du scrutin de Novembre dernier a offert les réserves ivoiriennes aux conglomérats étrangers sur un plateau d’or à travers des alliances avec Chinois,Français,Indiens,Sud-africains,Israéliens,Américains,Australiens,Canadiens…Ouf !Où est le nationalisme quand on brade les ressources du pays à la cantonade? L’exploitation du manganèse a pris, depuis peu, du volume. Le gisement le plus important est à Lauzoua (Grand-Lahou).Sa capacité de production oscille entre 300 000 et 500 000 tonnes par an. La China National Geological and Mining Corporation y règne de manière monarchique. A Ity (Zouan-­Hounien), c’est Cominor, une filiale du groupe français Areva (très implanté au Niger dans le secteur de l’uranium). Cette mine se trouve à l’Extrême-Ouest, une zone Forces nouvelles, mais sécurisée par les Forces loyales à Gbagbo. Tata Steel Côte d’Ivoire (TSCI), compagnie dans laquelle le mastodonte indien de l’acier détient 75 % des parts, lorgne vers les généreuses réserves des frontières Guinéo-libériennes. La prospection des gisements de fer du mont Nimba dont les réserves sont évaluées à 1 milliard de tonnes et du mont Gao avec 370 millions de tonnes ont débuté. Le mont ­Klahoyo riche de 673 millions de tonnes est destiné à la compagnie israélo-américaine Valleymist. Le canadien TAU Group s’est vu offrir les gisements de nickel de Sipilou et de Foungbesso. Un marché de dupe criard concocté par le visionnaire malvoyant de Mama.
Prenant conscience des intérêts en jeu et flairant le coup juteux, des compagnies minières privées se sont précipitées sur le marché ivoirien. Elles sont d’ailleurs très actives. Résultat. En novembre 2010, première coulée de la mine d’or de Tongon près de M’Bengué (Nord), premier lingot de 9,5 kg. À la manœuvre, l’ogre sud-africain Randgold Resources de Mark Bristow. Investissements: 47 milliards de F CFA sur les 140 milliards prévus. A Tongon, on estime les réserves à 120 tonnes exploitables sur quinze ans. L’australienne Equigold exploite de son côté la mine d’or de Bonikro, à 60 km de Yamoussoukro. A Bondoukou, c’est la compagnie indienne Taurian qui s’active dans l’exploration du manganèse, de la bauxite et du nickel. Comme on le voit, tous les confins du pays ont été dépecés et passés au peigne fin pour dénicher les richesses de notre sous-sol. Sûrement qu’ils avaient tous pris langue avec Héphaïstos pour être dignes d’une telle obole en Eburnie! Restons dans les profondeurs abyssales pour écouter les battements de cœur de notre mère patrie. Ça sent le pétrole !

Les hydrocarbures parfument Total, Russes, Chinois, Britanniques, Américains et le franco-libanais Pierre Fakhoury

Très souvent, certains Ivoiriens tentent de mettre des œillères là où il est impossible d’en ériger. Leur refrain dont ils nous rabâchent les oreilles: Gbagbo est un nationaliste !Sur l’autel et à l’aune de l’exploitation pétrolière, mesurons l’étendue de ce prétendu nationalisme. La Pétroci, entreprise nationale de ce secteur est complètement noyée dans la marée par les firmes étrangères qui ont balkanisé les champs offshores ivoiriens. Canadiens, Français, Russes, Anglais, Franco-libanais et Chinois se livrent une guerre sans merci. La Canadian Natural Ressources surfe sur du pétrole avec un investissement de la rondelette somme de 250 millions de dollars. Yam’s Petroleum de l’architecte franco-libanais Pierre Fakhoury est dans le sous-sol d’Eburnie. Pour des grands travaux à Yamoussoukro, il lui arrive d’être payé en puits de pétrole! Après avoir été très proche d’Houphouet, il est désormais dans le cercle sans frontières des amis de Gbagbo. Lui aussi est très actif comme les Anglais de CNR Ranger Oil et le Groupe Tullow qui se sont accaparés le champ offshore Espoir. C’est le très riche Bloc CI-26.Il regorge aussi bien du pétrole que du gaz. Les Anglais ont de quoi savourer leur succès puisqu’ils sont assis sur 81 millions de barils d’or noir et 175 milliards de pieds cubes de gaz! Des chiffres qui donnent le tournis. Pas à Gbagbo, en tous cas, qui y trouve certainement son compte. Vous avez dit nationalisme? Oh, simple populisme! Quant aux Russes, ils ne sont pas en reste. La Lukoil Holding Limited de Kuzyaev Andrey a injecté 112 milliards CFA dans le secteur. En principe, les premiers barils devraient prendre le chemin du pays de Medvedev et Poutine en Février 2011.La totale, c’est avec la multinationale française Total! Après des micmacs avec Fakhoury, Total est désormais dans l’extraction du pétrole en Côte d’Ivoire. Sa part? Tenez-vous bien, le Bloc CI-100 estimé à 1 milliard de barils! Même les Chinois ont dû traverser tant d’océans pour atterrir et plonger dans les hydrocarbures au pays du président Alassane Ouattara. Ce n’est pas tout. Zoomons sur d’autres secteurs stratégiques pour jauger la profession de foi du sieur Gbagbo.

Energie, eau, port, aéroport et communication : la foire

En Côte d’Ivoire, l’électricité et l’eau, à travers la CIE et la SODECI, sont la chasse-gardée du jeune loup Martin Bouygues, homme d’affaires français. Il régente tout et son contrat a même été renouvelé sous l’arbre protecteur de la nébuleuse Refondation. Ces deux entreprises jouissent d’un quasi monopole qui fait traîner les Ivoiriens à leurs pieds. C’est la curée! On fait ripaille.
Par ailleurs, la communication est aussi entre les griffes des étrangers avec la complicité de l’opposant historique devenu président par un larcin en 2000. France Télécom et sa filiale Côte d’Ivoire Télécom occupent tout le marché du téléphone fixe. Elle pèse aussi dans la téléphonie mobile et le segment internet grâce à Orange et Aviso tout en livrant une concurrence déloyale aux autres entreprises. Mtn (sud-africaine), Moov (qatarie), Koz (libanaise) et Green(?) essaient tant bien que mal de tirer leur épingle du jeu. De plus, le terminal du port, grâce ou à cause de Gbagbo, c’est selon, est tombé dans l’escarcelle de Bolloré. Pareil pour l’aéroport dont la piste atterrissage a été déblayée pour AERIA, consortium dominé par les Européens. Ainsi va la Côte d’Ivoire du nationalisme saugrenu!
Après tout ce qui précède, comment peut-on majestueusement continuer de clamer à gorge déployée que Laurent Gbagbo est un nationaliste souverainiste? La fameuse sérénade du clan frontiste qui tend à présenter cet homme comme celui qui combat l’Occident (la France surtout) désireux de faire main basse sur les richesses de notre pays n’est que de la poudre aux yeux des barjos et bénis oui-oui. Démagogie! Vous avez dit niais? Dans la chute d’un papier paru dans Le Temps du 31 Janvier 2011, un certain Bibo écrivait: »C’est clair, la France lorgne les richesses de la Côte d’Ivoire dont d’importants gisements de pétrole, d’or et de fer ».C’est à pouffer de rires. Y a-t-il encore dans ce pays des richesses que le pseudo nationaliste n’a pas encore bradées aux étrangers? En dix ans de pouvoir, Gbagbo a plus livré la Côte d’Ivoire à l’étranger qu’Houphouet, Bédié et Guéï en 40 ans! Un record. A l’envers.

Par Soilé Cheick Amidou, Professeur de lettres (Paix à son âme)
Ce texte date de 2010.

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