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Je veux parler à ceux qu’on oublie.
À ceux dont le nom n’apparaît jamais dans les communiqués officiels, ni dans les discours des grandes cérémonies, encore moins dans les statistiques qu’on exhibe fièrement devant les bailleurs de fonds.

Je veux parler à la Côte d’Ivoire réelle.
Celle qui souffre en silence.
Celle qui espère encore.
Celle qui mérite mieux.

Car un pays ne vaut que par la dignité qu’il offre à ses enfants les plus vulnérables. Et cette dignité-là, nous la leur devons.

Je pense à cette mère d’Abobo qui se lève avant l’aube, qui compte et recompte les pièces dans sa poche avant d’aller au marché, qui rentre parfois les mains presque vides, mais trouve encore la force de sourire à ses enfants. Elle ne demande pas la richesse. Elle demande simplement à vivre dignement. Est-ce trop demander ?

Je pense à ce jeune de Bouaké qui a sacrifié des années sur les bancs de l’école, qui a cru que le mérite ouvrirait des portes, et qui attend encore, des années après son diplôme, qu’une seule s’entrouvre. Il n’est ni paresseux ni incapable. Il est simplement laissé de côté. Et un pays qui laisse sa jeunesse de côté abandonne son propre avenir.

Je pense à cet artisan de Man, héritier d’un savoir-faire transmis de génération en génération, dont l’atelier se vide peu à peu. Non pas par manque de talent, mais parce que la vie est devenue trop chère pour ceux qui étaient ses clients. Lui aussi tient. Lui aussi résiste. Mais jusqu’à quand ?

Je pense aussi à ce cultivateur de Daloa, qui travaille la terre sous le soleil, saison après saison, dans l’espoir de nourrir sa famille et de voir ses efforts reconnus. Mais trop souvent, le fruit de son travail ne lui revient pas à la hauteur de ses sacrifices. Et pourtant, c’est de ses mains que vient une grande partie de la richesse de ce pays. Comment accepter que celui qui nourrit la nation peine encore à vivre dignement ?

Ces visages, je les connais.
Je les ai rencontrés sur les routes de ce pays que j’aime.

Et à chaque rencontre, ils m’ont rappelé une vérité simple
la politique sans le peuple n’est qu’une illusion habillée en discours.

On nous parle de croissance.
Et oui, les chiffres sont là. Les infrastructures se multiplient. Abidjan brille.

Mais une nation ne se mesure pas à l’éclat de ses immeubles.
Elle se mesure à la dignité de ses citoyens les plus modestes.

Une croissance qui ne descend pas jusqu’à la base n’est pas une réussite.
C’est une injustice maquillée en progrès.

Un pays qui brille pendant que son peuple souffre n’est pas en train de réussir, il est en train de mentir à lui-même.

Pendant que les pourcentages s’affichent, des familles continuent de lutter pour remplir leur marmite.
Pendant que les routes sont inaugurées, des diplômés dorment dans l’incertitude.
Pendant que les discours se succèdent, ceux qui portent réellement ce pays sur leurs épaules continuent d’être invisibles.

Et pourtant, ce sont eux les véritables bâtisseurs de la nation.

Je dis cela sans haine.
Sans amertume inutile.
Mais avec la conviction profonde que notre pays peut faire mieux. Qu’il doit faire mieux. Et qu’il en a les moyens.

L’histoire offre parfois à certains hommes des moments rares.
Des carrefours décisifs où une seule décision peut réconcilier un peuple avec lui-même… ou creuser davantage ses fractures.

Ceux qui gouvernent aujourd’hui portent cette responsabilité.

Car au soir d’un règne, il ne reste ni les discours ni les honneurs.
Il reste une seule question
les Ivoiriens vivent-ils mieux qu’avant ?

Celui qui peut répondre oui entre dans la mémoire du peuple.
Celui qui ne le peut pas reste redevable devant l’histoire.

Il est encore temps d’écouter ceux qu’on a trop longtemps ignorés.
Il est encore temps d’ouvrir les portes restées fermées, non par malveillance peut-être, mais par ce mal discret et profond qu’est l’indifférence.

Mon engagement est simple.

La politique doit descendre de ses estrades.
Elle doit aller dans les quartiers populaires, s’asseoir sous les manguiers des villages, écouter avant de parler, comprendre avant de promettre.

Gouverner, ce n’est pas paraître.
Gouverner, c’est servir.

La Côte d’Ivoire a tout pour réussir.
Sa jeunesse est une force.
Ses femmes sont un pilier.
Sa diversité est une richesse.

Ce qu’il lui faut, c’est une politique qui place enfin l’humain au-dessus de tout
au-dessus des intérêts partisans,
au-dessus des calculs électoraux,
au-dessus des ambitions personnelles.

Les Ivoiriens ne sont pas des voix à conquérir tous les cinq ans.
Ce sont des vies à respecter chaque jour.

Ce combat, je l’assume pleinement.
Non par ambition froide.
Mais parce que chaque regard croisé sur la route de ce pays m’a confié une part d’espoir.

Et quand un peuple vous confie son espoir, vous n’avez plus le droit d’être indifférent.
Vous n’avez plus le droit de vous taire.
Vous n’avez plus le droit d’échouer.

Félix Houphouët-Boigny disait que la paix n’est pas un mot, mais un comportement.

Permettez-moi d’ajouter ceci
le développement non plus n’est pas un chiffre.

C’est un comportement.
C’est un choix.
Un choix quotidien de regarder vers le bas avant de regarder vers le haut.
De gouverner pour celui qui a faim avant de gouverner pour celui qui a déjà tout.

Un pays ne devient pas grand parce que ses villes brillent, mais parce que ses citoyens les plus modestes cessent enfin de souffrir.

L’histoire de la Côte d’Ivoire continue de s’écrire.

Elle s’écrira avec le peuple… ou elle ne s’écrira pas.

Et lorsque demain nos enfants liront cette page de notre histoire, qu’ils puissent dire de nous non pas que nous étions puissants, mais que nous étions justes.
Fait , le 10 avril 2026

Yaya Fofana
Président du MFA

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