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Sécurisation foncière rurale en Côte d’Ivoire : L’AFOR, architecte d’une paix durable et d’une agriculture moderne

Dans les villages de l’intérieur, là où la terre a longtemps été source de tensions, de rumeurs et parfois de violences, un changement discret mais profond s’opère. Des bornes apparaissent, des comités villageois se réunissent, des certificats fonciers sont remis. Derrière ces gestes techniques se profile l’action méthodique de l’Agence foncière rurale (AFOR), créée en 2016 pour transformer un enjeu existentiel en levier de développement et de cohésion nationale.

Ce lundi 21 septembre, à la patinoire du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, l’Agence foncière rurale (AFOR) a pris place parmi les stands des Journées portes ouvertes de la Banque mondiale. Sous le thème «Emplois et Opportunités : Bâtir ensemble une croissance inclusive», l’agence a présenté, face au public et aux partenaires, dix années d’efforts pour transformer le foncier rural ivoirien en levier de paix, d’investissement et d’emplois.
Créée par le décret n° 2016-590 du 3 août 2016, l’AFOR a pour mission d’accélérer la mise en œuvre de la loi de 1998 relative au domaine foncier rural.

Face à un constat alarmant – moins de 1 % des 23 millions d’hectares de terres rurales formalisées en 2015 –, l’État a doté le pays d’une structure d’exécution autonome, placée sous la tutelle technique du ministère de l’Agriculture. Dirigée successivement par Bamba Cheick Daniel puis, par intérim, par Marc Koffi Gnalhey, l’agence a progressivement déployé un dispositif national de certification, de délimitation des territoires de villages et de contractualisation agraire.
Les résultats, consolidés à la mi-2025 et actualisés depuis, parlent d’eux-mêmes. Plus de 61 000 certificats fonciers ont été délivrés, dont environ un tiers au profit de femmes, contre à peine 4 000 avant la création de l’AFOR. Quelque 5 400 territoires de villages ont été délimités et bornés sur près de 8 600, soit un taux de réalisation supérieur à 60 %. Près de 60 000 contrats agraires formalisent désormais les relations entre propriétaires et exploitants. Plus de 7 900 comités villageois de gestion foncière rurale ont été installés, ancrant le processus dans les communautés.
Cette progression repose en grande partie sur un partenariat étroit avec la Banque mondiale. Le projet PAMOFOR a servi de locomotive. Son successeur, le PRESFOR (2024-2029), financé à hauteur de 200 millions de dollars, vise la délivrance de 500 000 certificats fonciers sur 5 millions d’hectares et la formalisation de 250 000 contrats agraires dans 16 régions. L’AFOR a obtenu de l’institution une notation « satisfaisante » pour l’exécution du PAMOFOR, reconnaissance rare qui valide à la fois la rigueur technique et l’impact social du dispositif.
C’est précisément ce bilan et ces perspectives que l’agence a mis en lumière ce lundi et mardi lors des Journées portes ouvertes. Sur son stand, les équipes ont exposé les innovations – digitalisation des procédures via le SIFOR-CI, signature électronique des certificats, outils de cartographie et de suivi – et illustré le lien direct entre sécurisation foncière, accès au crédit, investissement privé et création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes. Dans un pays où l’agriculture représente 25 % du PIB et occupe plus de 60 % de la population active, la clarification des droits fonciers n’est plus seulement une affaire de bornage : elle devient un moteur de croissance inclusive.
Les défis restent réels. La massification sur l’ensemble des 23 millions d’hectares d’ici 2033 exige un rythme soutenu, une coordination renforcée avec les autorités préfectorales et minières, et un maintien des financements. Mais la présence de l’AFOR aux côtés de la Banque mondiale, ce lundi, symbolise une continuité : celle d’un État qui a choisi de faire de la terre un bien commun sécurisé plutôt qu’un foyer de tensions.
En ouvrant ses portes au public et en dialoguant avec les partenaires internationaux, l’Agence foncière rurale rappelle une évidence : sécuriser le foncier rural, c’est sécuriser l’avenir économique et social de la Côte d’Ivoire.
En sécurisant la terre, l’Agence foncière rurale ne se contente pas de délivrer des papiers. Elle bâtit les fondations d’une agriculture moderne, d’une paix villageoise durable et d’une nation plus inclusive. Dans les champs de cacao du Sud-Comoé comme dans les savanes du Nord, le message est le même : la terre, enfin, commence à parler le langage du droit.

Stéphane Badobré