La décision du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) du mardi 24 mars 2025 de sanctionner les militants et cadres ayant bravé les consignes du parti lors des législatives de décembre 2025 s’inscrit, en apparence, dans une logique de fermeté parfaitement compréhensible. Dans toute organisation politique structurée, le respect de la discipline interne constitue un principe cardinal. En ce sens, la posture de « tolérance zéro » adoptée par le Directoire peut être admise comme un signal d’autorité et de cohésion. Cependant, derrière cette rigueur affichée, se dessine une problématique plus profonde, que l’histoire récente du Rhdp invite à examiner avec prudence.
Une répétition des sanctions aux effets limités
Ce n’est pas la première fois que le RHDP recourt à des sanctions contre ses propres rangs. Déjà en 2023, à l’occasion des élections municipales et sénatoriales, plus de 300 cadres et militants avaient été sanctionnés pour des candidatures indépendantes. Pourtant, en 2024, ces mêmes sanctions avaient été levées par une décision officielle du parti (Décision N°001/2024/PDIR-RHDP/CAB), réintégrant ainsi les concernés. Ce précédent pose une question essentielle. A quoi servent des sanctions qui, quelques mois plus tard, sont annulées ?
L’efficacité dissuasive de telles mesures semble limitée, voire contre-productive. En reproduisant aujourd’hui la même stratégie, le parti donne l’impression de s’inscrire dans un cycle où la sanction devient un réflexe plutôt qu’un levier de régulation durable. L’analyse de la décision actuelle révèle un risque politique majeur. En sanctionnant 176 membres, dont des responsables de différents niveaux, le RHDP prend le risque de se priver de forces vives à un moment charnière de son histoire, notamment dans la perspective de la succession du président Alassane Ouattara. Un parti qui s’engage dans une nouvelle phase politique a besoin de rassembler, non d’exclure. Rejeter des militants influents, parfois bien implantés localement, revient à affaiblir son maillage territorial. Dans certaines régions comme le Gbêkê, où presque tous les cadres sont soupçonnés d’avoir soutenu des indépendants, la logique de sanction généralisée pourrait créer une suspicion permanente et une fracture interne durable. A cela s’ajoute une autre contradiction. Promouvoir de nouvelles figures qui, dans certains cas, ne disposent pas d’un véritable poids politique local, tout en écartant des acteurs enracinés est contreproductif. Ce choix stratégique peut déséquilibrer davantage le parti sur le terrain.
En voulant identifier et sanctionner les « commanditaires » des candidatures indépendantes, la direction du RHDP ouvre une boîte de Pandore. Cette démarche risque d’alimenter des règlements de comptes internes, d’exacerber les rivalités et d’installer un climat de méfiance. Plutôt que de renforcer l’unité, cette stratégie pourrait accélérer les divisions. « Retourner son couteau contre soi-même » n’est pas qu’une image, c’est surtout un risque réel pour un parti qui a de nouveaux challenges.
Comprendre les causes plutôt que punir les effets
Au fond, la véritable question n’est pas celle des sanctions, mais celle des causes des candidatures indépendantes. Pourquoi des militants choisissent-ils de défier leur propre parti ? La réponse réside en grande partie dans les mécanismes de désignation des candidats. Le sentiment d’injustice, le manque de transparence et surtout le « copinage » dans les choix alimentent les frustrations. Lorsque les militants ont le sentiment que les décisions sont prises en cercle restreint, sans critères clairs ni consultation de la base, la tentation de se présenter en indépendant devient presque inévitable. Sanctionner sans corriger ces dysfonctionnements revient à traiter les symptômes sans s’attaquer à la maladie. L’enjeu pour le RHDP est donc de changer de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de punir, mais de prévenir. Cela passe par la définition claire et transparente des critères de sélection des candidats. Il faut une plus grande implication des militants dans les choix. Il faut la valorisation du militantisme réel plutôt que des relations personnelles. Il faut surtout la mise en place de mécanismes de médiation interne pour gérer les frustrations nées du choix des candidats à la candidature.
En somme il faut substituer à une logique de sanction une logique de régulation et d’inclusion.
La discipline est nécessaire dans un parti politique, et le principe de sanction peut se justifier. Mais lorsqu’elle devient systématique, répétitive et inefficace, elle se transforme en facteur de fragilisation.
Le RHDP est aujourd’hui face à un choix stratégique. Il doit persister dans une logique punitive aux résultats incertains, ou engager une réforme en profondeur de son fonctionnement interne. Car l’avenir du parti ne dépendra pas seulement de sa capacité à sanctionner, mais surtout de sa capacité à rassembler, écouter et réformer.
Allah Kouame, Journaliste-écrivain
































