Fils et filles de Tomono, la Mutuelle du Développement de Tomono (MUDETO) se présente à vous. Portée sur les fonts baptismaux le 25 août 2015 lors de son assemblée générale constitutive à Tomono, elle a pour vocation de promouvoir le développement économique, social et culturel de la localité, de canaliser les énergies de ses ressortissants, de cultiver la solidarité et de sauvegarder le patrimoine. 11 ans plus tard, en août 2026, selon un document dont Ivoireactu.net a reçu copie, le secrétariat général dresse le bilan d’un parcours riche en actions structurantes, en projets prioritaires et en défis persistants.
Des fondations solides : organisation et lotissement
Dès l’élection de son président, Bakayoko Issouf, la MUDETO a déployé un maillage national. Dix sections ont été installées entre décembre 2015 et mai 2016 (Abidjan, Bouaké, San Pedro, Soubré, Sinfra, Divo, Oumé, Téhiri/Gagnoa, France/diaspora et Tomono), avec désignation de présidents par consensus et formation de bureaux. L’organisation financière a été clarifiée: 40 % des cotisations restent aux sections, 60 % remontent au comité exécutif. La déclaration officielle a été publiée au Journal officiel le 5 février 2018. Trois présidents de section ont hélas été rappelés à Dieu peu après leur investiture, fragilisant l’animation locale.
Le deuxième pilier structurant a été le lotissement. Lancé en 2015 avec un cabinet de géomètre agréé, le projet (coût 9 millions FCFA) a permis le redressement des anciens lots, la création de 400 lots (350 ordinaires et 50 résidentiels) et l’obtention d’un plan homologué. Une commission d’attribution a été mise en place. Si l’objectif principal d’un lotissement légal et moderne a été atteint, les attributions, notamment des lots résidentiels, restent ralenties par des difficultés de recouvrement et des tensions foncières.
Érection en sous-préfecture et infrastructures prioritaires
Depuis les années 1970, la communauté poursuit le statut de sous-préfecture. La MUDETO a multiplié les démarches auprès des ministères de l’Intérieur successifs et des autorités locales. Le dossier progresse, mais les priorités nationales de déconcentration n’ont pas encore abouti. En parallèle, la construction du bâtiment administratif et du logement du sous-préfet a démarré fin 2017 (budget initial 45 millions FCFA, réévalué à environ 60 millions). Un bâtiment a rapidement sorti de terre grâce à la main-d’œuvre communautaire, mais les cotisations ont plafonné autour de 7 millions et des malfaçons sur la dalle ont généré des tensions et un ralentissement des travaux. La voirie intérieure et la gestion des terres agricoles ont également fait l’objet d’actions, se réjouissent aujourd’hui le président Ba Issouf et son staff.
Sur l’eau, le château d’eau livré en 2016 connaît des pannes récurrentes (moteur, électricité). Des réparations financées par la mutuelle et le Conseil régional, dont le passage à un transformateur triphasé, ont permis de le remettre en service. Il faut toutefois admettre que le rationnement fait tous les 3 jours pour Tomono et 3 jours pour Samorosso ne facilite pas la vie aux populations.
Les défis restent le maillage du village, un comité de gestion efficace et la migration vers l’hydraulique urbaine (SODECI). L’extension de l’électrification, initiée dès 2014, a abouti grâce à la prise en main par ALBEDO, modernisant le réseau. L’éducation a progressé : centre d’examen CEPE, deuxième groupe scolaire, collège de proximité, dotation de 241 tables-bancs (valeur 1,8 million FCFA) en 2018, électrification et initiatives privées (collège et écoles confessionnelles).
Solidarité, santé et cohésion sociale
La MUDETO a soutenu la jeunesse (AJT) de 2015 à 2026 par la recherche de parrains et des apports financiers et matériels. Elle a accompagné les funérailles de membres et de patriarches, contribué aux démarches juridiques (litige foncier avec Gona, affaire de l’assassinat d’Emmanuel) et participé aux événements officiels (visite présidentielle 2015, inauguration de route). En santé, des démarches pour transformer la maternité en centre de santé rural et des actions de prévention COVID-19 ont été menées. Des tournées de fraternité dans le canton Kagnené et un processus de réunification Tomono-Samorosso (cérémonie symbolique en 2018) ont apaisé certaines rivalités, même si des divergences subsistent. Une mission de réconciliation a détendu le conflit foncier avec la communauté sénoufo après l’assassinat d’Emmanuel en 2019.
Forces, faiblesses et perspectives
Le bilan est globalement positif, peut-on écrire: une fondation organisationnelle et infrastructurelle solide a été posée. Cependant les faiblesses sont réelles : dysfonctionnements de gouvernance, sections d’Abidjan et du village en léthargie, faible participation, difficultés de recouvrement, malfaçons et retards sur le bâtiment de la sous-préfecture, fonctionnement irrégulier du château d’eau, tensions foncières et cohésion sociale encore fragile. Les recommandations insistent sur la redynamisation des instances, le renforcement du lobbying, la fermeté face aux sabotages, l’implication de la jeunesse et des femmes, la mise en place d’une politique de gestion des déchets et d’un mécanisme de promotion des diplômés.
Le grand défi reste la mobilisation de toutes les intelligences de Tomono. La MUDETO appelle à un sursaut : redynamiser les sections, améliorer la collecte des ressources, s’approprier la gestion foncière pour garantir la paix et renforcer l’adhésion communautaire. Le développement est un chemin exigeant qui demande discernement, diplomatie et unité. Les fils et filles de Tomono tiennent entre leurs mains la suite de cette histoire.
Bambara Soudan






