Ce lundi 21 septembre 2026, à l’Hôtel Noom du Plateau, dans le cadre de la Conférence internationale sur la sécurité en Afrique de l’Ouest, le professeur Moritié Camara a plaidé pour une refonte de la posture stratégique régionale face aux mutations géopolitiques.
Selon lui, les bouleversements actuels – montée en puissance de nouveaux acteurs (Russie, Chine, Turquie), recul des partenaires traditionnels, fracture CEDEAO-AES et capacité des groupes terroristes à peser sur l’Histoire – s’affranchissent largement du droit international. Les diplomates peinent dès lors à définir une réponse à la fois légale, légitime et crédible.
Ramenée à l’échelle ouest-africaine, la réflexion du professeur repose sur trois prérequis : une approche globale de la sécurité qui dépasse les frontières et les secteurs militaires classiques ; la transversalité des menaces (économique, alimentaire, environnementale, sociale) ; et le continuum indissociable sécurité-développement.
La diplomatie de la défense, a-t-il rappelé, n’est que le prolongement de la politique étrangère : elle aligne l’action des forces armées sur les choix stratégiques des États.
Face à ce constat, cinq orientations s’imposent :
Abandonner la posture purement réactive pour reprendre la main sur le cours des événements régionaux.
Adopter une stratégie proactive qui s’attaque aux racines des menaces (pauvreté, zones non administrées, ignorance).
Considérer la sécurité comme indivisible : la vulnérabilité d’un État menace tous les autres, au-delà des clivages politiques.
S’accorder sur la qualification précise des menaces afin de calibrer les réponses.
Élaborer une charte commune de sécurité régionale (assistance mutuelle, financement souverain, force conjointe permanente, droit de poursuite, partage de renseignements, lutte contre les trafics) pour dissuader les entrepreneurs de troubles et éviter une «afghanistanisation» de la zone.
La condition préalable reste la capacité des États à minorer leurs tensions politiques internes et à placer les intérêts régionaux au-dessus des agendas extérieurs.
Stéphane Badobré




