De la répression sur le terrain à la mobilisation des préfets, en passant par le renseignement, la sensibilisation des communautés et la réhabilitation des terres, l’État ivoirien durcit et diversifie sa stratégie contre l’orpaillage illégal.
L’orpaillage illégal change d’échelle et, avec lui, la réponse des pouvoirs publics. En Côte d’Ivoire, la lutte contre l’exploitation clandestine de l’or ne repose désormais plus uniquement sur les opérations de destruction des sites. Elle s’organise autour d’un dispositif plus large associant forces de sécurité, services des Eaux et Forêts, administration territoriale, autorités minières, communautés locales et acteurs environnementaux.
Une offensive qui s’intensifie sur le terrain
Ces dernières semaines, les opérations de la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (BSSI) et du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI) se sont multipliées dans plusieurs régions du pays.
Le 19 août 2026, des opérations simultanées ont notamment été conduites dans la Bagoué, le Worodougou, le Hambol, l’Iffou, le Moronou, le Sud-Comoé, le Gontougo, le Kabadougou et le Béré. Le bilan communiqué fait état de sept personnes interpellées, de 20 motopompes saisies, de huit kilogrammes de minerai et de près de deux millions de francs CFA en numéraire.
Dans l’Indénié-Djuablin, l’opération « WAVIE », lancée le 21 août, cible également plusieurs foyers clandestins. À Zaranou, une intervention de la BSSI s’est appuyée sur du renseignement et de la surveillance aérienne, avec la mobilisation d’une cinquantaine d’agents.
Au Nord, les opérations se poursuivent également. À Tengréla, la BSSI a annoncé la destruction de 18 dragues et l’interpellation de trois suspects. Des interventions ont aussi été menées sur les berges du fleuve Bagoué, particulièrement vulnérables aux activités minières clandestines.
Le renseignement devient une arme stratégique
La nouvelle approche ne consiste plus seulement à attendre que les sites clandestins soient identifiés. Le renseignement, la surveillance et l’alerte occupent désormais une place centrale.
Cette orientation figure explicitement dans le plan d’actions national adopté le 5 septembre 2026 à Yamoussoukro. La feuille de route prévoit notamment le renforcement du renseignement, de l’alerte et de la surveillance, une meilleure coordination territoriale ainsi qu’un durcissement des sanctions contre les auteurs, complices et commanditaires.
Cette évolution est importante : elle traduit la volonté de s’attaquer non seulement aux exploitants présents sur les sites, mais également aux réseaux qui permettent à ces activités de fonctionner.
Les préfets désormais en première ligne
Autre changement majeur : la responsabilisation accrue de l’administration territoriale.
À l’issue de l’atelier national organisé à Yamoussoukro du 3 au 5 septembre, les préfets de région se sont engagés à œuvrer à l’éradication de l’orpaillage illégal dans leurs circonscriptions dans un délai de six mois.
Cette décision traduit une volonté de territorialiser davantage la lutte. Car les sites clandestins ne sont pas uniquement un problème de police ou de sécurité : leur présence touche directement la gestion foncière, l’environnement, l’agriculture, les ressources en eau et la cohésion des communautés.
Les communautés locales appelées à jouer leur rôle
La sensibilisation constitue également un autre front de cette bataille.
Le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie poursuit ainsi sa caravane de sensibilisation contre l’orpaillage illégal. À Aboisso, le 3 septembre, le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly a insisté sur l’implication des chefs traditionnels et des communautés locales dans la recherche de solutions.
Cette dimension communautaire est essentielle. Dans certaines zones rurales, l’orpaillage clandestin représente une source de revenus importante pour une partie de la population. La seule répression risque donc de déplacer les activités sans traiter leurs causes économiques et sociales.
Après la destruction, la difficile question de la réhabilitation
L’autre front est environnemental.
L’exploitation anarchique de l’or entraîne la destruction du couvert forestier, la dégradation des sols, la pollution des cours d’eau et la perturbation des activités agricoles. Les autorités reconnaissent également les risques sécuritaires associés à certaines filières clandestines.
À Bouaflé, une initiative de cartographie et de réhabilitation des terres dégradées a été lancée en mai 2026. Selon les données présentées à cette occasion, plus de 1 600 sites d’orpaillage illégal avaient été recensés à travers le pays.
Le véritable défi sera donc de passer de la logique « détruire les sites » à une logique plus complète : identifier, démanteler, poursuivre, restaurer et surtout empêcher la réinstallation des exploitants clandestins.
Une bataille qui ne pourra être gagnée par la répression seule
La multiplication des opérations montre clairement la détermination de l’État. Mais l’ampleur du phénomène impose une stratégie de long terme.
La lutte devra combiner renseignement, contrôle des territoires, sanctions judiciaires, traçabilité de l’or, sensibilisation, implication des chefs traditionnels, alternatives économiques pour les populations rurales et réhabilitation des terres dégradées.
L’enjeu dépasse finalement la seule question de l’or. Il concerne la protection des forêts, des terres agricoles et des ressources en eau, mais aussi la sécurité et l’avenir économique des communautés rurales.
La Côte d’Ivoire a donc ouvert plusieurs fronts contre l’orpaillage illégal. Le véritable test sera désormais la capacité de ces différents acteurs à agir de manière coordonnée et durable, afin que les sites détruits ne renaissent pas quelques semaines plus tard sous une autre forme.
Stéphane Badobré
