PARTAGER

Depuis plusieurs semaines, la capitale économique ivoirienne fait face à une nouvelle crise de salubrité. Dans de nombreuses communes d’Abidjan, des tas d’immondices s’accumulent le long des voies publiques, aux abords des marchés et dans plusieurs quartiers résidentiels, suscitant colère, inquiétude et incompréhension chez les populations. Cette situation intervient au moment où la saison des pluies s’intensifie, faisant craindre des conséquences sanitaires et environnementales importantes.

Pourquoi les ordures s’accumulent-elles ?
Selon plusieurs sources concordantes, la principale cause est liée à des perturbations dans les contrats des entreprises chargées de la collecte des déchets. Certaines sociétés auraient réduit ou suspendu une partie de leurs activités en raison de difficultés administratives et contractuelles avec les autorités en charge du secteur. Cette situation avait même été signalée par des organisations syndicales dès le mois de mai.

Un système très sensible aux interruptions
Abidjan produit chaque jour près de 5 000 tonnes de déchets ménagers. La collecte repose sur un dispositif complexe impliquant notamment les opérateurs privés, les centres de transfert et les installations de traitement supervisées par l’ANAGED. Dès qu’un maillon de cette chaîne ralentit, les déchets s’accumulent rapidement dans les quartiers.

Un problème structurel ancien
La crise actuelle n’est pas totalement nouvelle. Plusieurs études sur la gestion des déchets à Abidjan montrent que la ville est confrontée depuis des années à des difficultés récurrentes : croissance démographique rapide, urbanisation accélérée, insuffisance de certains équipements de pré-collecte et apparition de nombreux dépôts sauvages.
Des experts travaillant sur le schéma directeur des déchets du Grand Abidjan soulignent d’ailleurs que la pré-collecte reste l’un des maillons les plus fragiles du système, avec de nombreuses « décharges sauvages» observées dans les communes.

Pourquoi la situation paraît-elle plus grave aujourd’hui ?
La crise intervient en pleine saison des pluies. Les déchets non ramassés sont dispersés par les eaux, envahissent les caniveaux et les réseaux d’évacuation. Cela augmente les risques d’inondation dans plusieurs quartiers.
Par ailleurs, les fortes chaleurs et l’humidité accélèrent la décomposition des déchets, ce qui provoque :
des odeurs nauséabondes ;
la prolifération des moustiques ;
l’augmentation des risques de maladies diarrhéiques et infectieuses ;
la présence accrue de rongeurs.

Que font les autorités ?
Face à la multiplication des dépôts d’ordures dans plusieurs communes, les autorités ont reconnu l’existence du problème et annoncé des mesures pour rétablir rapidement la collecte normale. Un ultimatum de 72 heures donné début juin aux opérateurs dans le secteur pour accélérer l’enlèvement des déchets accumulés n’aurait visiblement pas permis de faire bouger les lignes.

Le fond du problème
Au-delà de la crise actuelle, de nombreux observateurs estiment qu’Abidjan a besoin d’une réforme plus profonde de sa gestion des déchets :
renforcer la pré-collecte dans les quartiers ;
moderniser les contrats des opérateurs ;
développer davantage le recyclage ;
multiplier les centres de transfert ;
mieux contrôler les dépôts sauvages ;
sensibiliser davantage les populations aux comportements citoyens.

Les solutions d’urgence
Sanctionner les opérateurs défaillants
Mettre en place un suivi quotidien des prestations.
Prévoir des pénalités en cas de non-respect des cahiers de charges.

Moderniser le suivi
Géolocalisation des camions de collecte.
Plateforme numérique permettant aux citoyens de signaler les dépôts sauvages.
Publication régulière des performances des opérateurs.

Stéphane Badobré

PARTAGER