Je crois que les choses sont désormais claires pour tout le monde. L’hypocrisie générale dans les relations internationales est terminée et les puissants sont totalement désinhibés. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent de tout le monde, prendre à qui ils veulent ce qu’ils veulent. Même entre alliés. Par le passé ils ne s’étaient pas gênés pour le faire, mais on était en droit de penser qu’ils seraient désormais gênés par des questions de morale. Cela n’existe plus. La nouvelle morale, c’est celle des prédateurs décomplexés qui disent tout haut ce qu’ils vont faire : « je suis plus fort que toi, je t’écrase et tu la boucles. Sinon je te punis sévèrement. »
Quelle est notre place, à nous autres qui n’avons aucune force, aucune puissance ? Il est bon pour nous, Africains, de savoir qu’à part quelques brillants cerveaux dans les domaines des sciences et de la technologie, de bons sportifs et artistes, tous les autres peuvent parfaitement être amenés à disparaitre d’une façon ou d’une autre sans que cela ne suscite beaucoup d’émotions. Ce qui intéresse le reste du monde, c’est ce que nous avons sur, dans, et sous nos terres. On l’a déjà fait, ne l’oubliez jamais, en Amérique, en Australie, en Nouvelle Zélande, en Afrique, où en plus, on a réduit des millions de personnes en esclavage. C’est du passé, me direz-vous ? Aujourd’hui, sous nos yeux, on massacre quotidiennement des Palestiniens pour prendre leurs terres. Sous nos yeux, on massacre quotidiennement des Congolais pour prendre les ressources de leurs terres. Combien en a-t-on tués depuis plus de vingt ans ? Ne nous y trompons pas. Le jour où notre présence sur nos terres dérangera les puissants, ils ne se gêneront pas pour nous éliminer sans état d’âme. Et ils se serviront de nous-mêmes pour faire ce travail, ce qui leur reviendra encore moins cher et leur pèsera moins sur la conscience. N’est-ce pas le Rwanda qui soutient les rebelles qui massacrent actuellement dans l’est du Congo ? N’y a-t-il pas des Congolais parmi ces rebelles qui massacrent des Congolais. Qui massacre les populations dans le Sahel ? Des Africains. Et certainement pas pour le bénéfice d’un autre pays africain.
Que pouvons-nous faire ? Nous avions été réduits en esclavage, puis colonisés et dépouillés de nos terres, de nos âmes, parce que nous étions désunis. Chacun vivait dans son coin et nous n’étions pas informés de ce qui se passait à quelques dizaines de kilomètres de nous. Des populations du fin fond de nos pays n’avaient jamais entendu parler des Blancs qui venaient voler des hommes et des femmes pour les emmener dans des bateaux. Aujourd’hui nous savons tout ce qui se passe dans le monde en temps réel. Mais nous restons toujours désunis. Que peut faire chacun de nos pauvres et faibles Etats face à toutes les menaces que nous voyons venir ? Notre seul salut est dans notre union. C’est vraiment le moment de mettre en œuvre le vrai panafricanisme, pas celui frelaté que certains nous proposent qui consiste à se livrer pieds et poings liés à une puissance extérieure à notre continent, sous prétexte de se libérer d’une autre puissance. Le panafricanisme est une vieille histoire qui remonte longtemps avant nos indépendances. L’idée avait été lancée par des Africains de la diaspora, aux Etats Unis et dans les Caraïbes, et avait divisé nos premiers leaders au moment de nos indépendances. Il y avait, pour schématiser, ceux qui voulaient une union immédiate des pays africains, et ceux qui préconisaient d’y aller pas à pas. Plus de soixante ans après, vu le monde qui est en train de venir, je crains qu’il ne soit plus temps de tergiverser. Il ne s’agit certainement pas de créer un seul Etat africain du jour au lendemain, mais tout au moins, de commencer à regarder dans la même direction et réfléchir à la manière dont nous pourrions nous unir pour de bon cette fois-ci. Chaque année, chaque pays développé ou émergent organise son sommet avec l’Afrique, pour voir comment il pourrait profiter des immenses richesses de notre continent. Ne serait-il pas temps que nous commencions à nous retrouver entre nous, pour voir comment nous pourrions ensemble, exploiter aussi nos richesses afin d’impulser quelque chose à même de nous faire avancer ensemble et nous prémunir contre les prédateurs qui nous guettent ? Pour mémoire, en 1980, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) avait élaboré un plan baptisé « plan d’action de Lagos » qui visait à accroitre l’autosuffisance de l’Afrique, minimiser les liens de l’Afrique avec les pays occidentaux en maximisant les ressources propres de l’Afrique. Pourquoi ne réfléchirions-nous pas à nouveau à l’élaboration d’un nouveau plan d’action ? Et, au fait, que devient le NEPAD, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique qui était censé doter notre continent des infrastructures qui lui manquent pour son développement ?
Venance Konan































