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Le Sahel a changé de collier, pas de maître

Mali, Burkina Faso, Niger. Trois juntes, une Alliance des États du Sahel, un même numéro de cirque : jeter la France par la porte et dérouler le tapis rouge à Moscou. On a hurlé à la souveraineté. On a brandi le drapeau de l’indépendance comme un totem. On a expulsé des ambassadeurs, fermé des bases, claqué la porte de la CEDEAO puis de l’OIF. Applaudissements. Le spectacle est réussi.
Mais levons le rideau. L’Africa Corps n’a pas remplacé Barkhane : il l’a rachetée. Mêmes bases, mêmes corridors, mêmes mines. Hier Paris tenait le collier ; aujourd’hui Moscou le tient plus serré, sans même prendre la peine de faire semblant de moraliser. La Russie ne donne pas de leçons de démocratie. Elle facture en or, en uranium et en silence politique. Plus efficace. Plus cynique. Plus honnête, d’ailleurs.
La rupture avec la France n’était pas un acte de courage. C’était une réponse tardive à quinze ans d’échec sécuritaire et de paternalisme arrogant. Les populations en avaient ras-le-bol. Les putschistes ont surfé sur la vague. Ils ont eu raison de dire non à Paris. Ils ont eu le culot de croire qu’échanger un tuteur contre un autre s’appelait l’indépendance.
Trois ans après la Charte du Liptako-Gourma, le bilan est cinglant : les drapeaux ont changé, les chaînes non. Les jihadistes avancent. Les cercueils s’accumulent. L’économie reste en otage. Et ces dirigeants qui criaient si fort à la dignité se retrouvent à remercier publiquement les Russes pour avoir sauvé une base aérienne à Niamey. Quelle fierté que celle qui dépend d’un corps expéditionnaire étranger pour ne pas tomber !
Le Sahel n’a pas quitté la France pour la Russie. Il a simplement changé de propriétaire. Tant que ces États n’auront pas bâti une armée digne de ce nom, une économie qui ne mendie pas et une politique qui ne se résume pas à la survie de trois colonels, ils resteront ce qu’ils sont : des clients. Juste avec un nouveau fournisseur, plus brutal et moins hypocrite.
La vraie indépendance commence le jour où l’on n’a plus besoin de choisir entre deux empires. Ce jour-là n’est même pas en vue.

Bambara Soudan