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Editorial: Orpaillage : 8 500 sites rasés, et après ?

Depuis 2021, plus de 8 500 sites ont été démantelés en Côte d’Ivoire et 4 474 personnes déférées devant la justice. Le chiffre impressionne. Il devrait surtout inquiéter : si la méthode marchait, il n’y aurait plus rien à raser.
Or le phénomène touche 29 régions sur 31 que compte le pays. Rien que de janvier à juillet 2026, la gendarmerie a encore dû démanteler 1 114 sites, et une cartographie menée à Bouaflé en mai en recensait plus de 1 600 encore actifs. On détruit des abris de fortune, des motopompes, des concasseurs. Les réseaux, eux, rachètent du matériel et recommencent. Les cours de l’or, eux, ne baissent pas.
Le coût est colossal : 744 milliards de FCFA de pertes fiscales par an, sans parler des rivières empoisonnées et des forêts classées éventrées.
La répression au ras du sol a atteint ses limites. Elle frappe surtout les petites mains, et 65 % des déférés sont des étrangers, rarement ceux qui financent. Reste le maillon que l’on n’ose pas nommer : les complicités administratives. Le Conseil des ministres du 23 septembre a prévu 20 ans de prison ferme pour tout agent public impliqué. Bien. Mais une peine n’a de valeur que si elle tombe sur un nom, pas sur un communiqué.
Qu’on commence par les commanditaires, qu’on trace l’or jusqu’au comptoir, qu’on offre aux jeunes une porte de sortie légale. Sinon, dans un an, nous compterons 10 000 sites rasés et autant de sites vivants.

Stéphane Badobré