Pas de chef d’État tout-puissant à Berne : le pouvoir exécutif est partagé depuis 1848. À l’approche de l’élection du 9 décembre, qui doit désigner le successeur de Guy Parmelin, le modèle suisse se retrouve sous les projecteurs.
À la question « qui dirige la Suisse ? », la réponse officielle tient en un mot : le collège. Le Conseil fédéral gouverne le pays, dirige l’administration, propose des lois et les met en œuvre. Il se réunit une fois par semaine au Palais fédéral. Il compte sept membres, et c’est la majorité d’entre eux qui tranche.
Un système né en 1848
La Constitution fédérale a été adoptée par la Diète le 12 septembre 1848. Les deux Chambres ont été élues et le premier Conseil fédéral a été formé. Les deux Chambres, réunies en Assemblée fédérale, ont désigné les sept premiers conseillers fédéraux à l’automne 1848. Cette Constitution a fait de la Suisse un État fédéral moderne. Le principe d’un exécutif collégial, sans homme fort, structure donc le pays depuis plus de 175 ans.
Un président « premier parmi ses pairs »
Le président de la Confédération est élu pour une année. Il est « primus inter pares », c’est-à-dire le premier de ses pairs. Chaque année en décembre, le Parlement l’élit parmi les sept conseillers fédéraux. L’ordre de passage suit l’ancienneté, et le vice-président devient automatiquement président l’année suivante.
Ses attributions sont réelles mais limitées. Il dirige les séances hebdomadaires, représente le gouvernement en Suisse et à l’étranger et prononce l’allocution du Nouvel An. Il peut aussi ordonner des mesures conservatoires dans les situations urgentes. Mais il n’a aucun pouvoir de décision supplémentaire. Il reste tenu par la collégialité et doit défendre à l’extérieur les décisions prises collectivement.
Qui gagne quoi ?
Les sept ministres perçoivent le même traitement. Au 1er janvier 2026, il s’élève à 478 166 francs bruts par an. S’y ajoute un forfait de 30 000 francs pour les frais. La seule différence concerne la présidence : le président reçoit 12 000 francs supplémentaires pendant son année de présidence. Après leur départ, les anciens conseillers fédéraux touchent une rente égale à 50 % du traitement d’un membre en fonction. Elle peut être réduite s’ils reprennent une activité professionnelle.
Un gouvernement élu par le Parlement, un peuple qui vote souvent
Les conseillers fédéraux sont élus par le Parlement pour quatre ans. Ils ne peuvent exercer en parallèle aucune autre fonction au service de la Confédération ou d’un canton.
Le peuple, lui, intervient directement. Il est généralement appelé aux urnes quatre fois par an et se prononce en moyenne sur une quinzaine d’objets fédéraux. À ces questions s’ajoutent de nombreux objets cantonaux et communaux. Le chiffre de « dix votations par an » parfois avancé est donc inexact. Le rythme est de quatre dimanches de vote, avec plusieurs questions chacun. Tous les dimanches réservés ne sont pas forcément utilisés, et le Conseil fédéral fixe les objets au moins quatre mois avant le scrutin.
Qui siège aujourd’hui ?
Le Vaudois Guy Parmelin préside la Confédération en 2026, et Ignazio Cassis en est le vice-président. Guy Parmelin avait été élu le 10 décembre 2025 par 203 voix sur 210 bulletins valables. Martin Pfister (Le Centre/ZG), élu en 2025, dirige le Département de la défense. Viktor Rossi est chancelier de la Confédération depuis 2024.
Une succession à régler le 9 décembre
Le 2 octobre, Guy Parmelin a annoncé sa démission du Conseil fédéral, où il siégeait depuis janvier 2016. Il partira le 31 décembre 2026, après onze ans au gouvernement. Il est le premier conseiller fédéral UDC romand de l’histoire. Peu de présidents ont annoncé leur départ en cours d’année présidentielle. Adolf Ogi l’avait fait en octobre 2000, et lui aussi était resté en poste jusqu’au 31 décembre.
Les Chambres fédérales doivent élire son successeur ou sa successeure le 9 décembre. L’UDC doit annoncer son ticket officiel le 20 novembre. Plusieurs noms sont déjà sur la table, dont ceux de Céline Amaudruz, Rémy Wyssmann et Michael Graber et Franz Ruppen. L’UDC argovienne a aussi désigné Jean-Pierre Gallati. Les candidatures évoluent encore, et le ticket du parti n’est pas arrêté.




