Depuis l’entrée en vigueur du Code de l’hygiène et de la salubrité, uriner ou déféquer sur la voie publique, dans les caniveaux, les places ou les plages publiques expose à des sanctions pénales. L’article 122 de la loi n° 2023-899 du 23 novembre 2023, promulguée par le président Alassane Ouattara, est on peut plus clair : «Est puni d’un emprisonnement de quinze jours à trois mois et d’une amende de 10.000 à 100.000 francs CFA ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque urine ou défèque sur la voie publique, dans les caniveaux, places et plages publiques. »
Cette disposition, largement relayée ces derniers jours par le ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité (MINHAS) dans une campagne intitulée « Que dit le Code ? », marque un tournant dans la lutte contre l’insalubrité. Le texte, adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat, est entré en application un an après sa promulgation, en novembre 2024. Il transforme ce qui était auparavant souvent traité comme une simple contravention en un délit passible de prison.
Un cadre juridique renforcé
Le Code de l’hygiène et de la salubrité comble un vide juridique. Avant 2023, les actes d’incivisme liés à la salubrité relevaient de textes dispersés (Code de l’environnement, règlements municipaux, etc.). Désormais, un corpus unique définit les obligations des citoyens, des collectivités et des entreprises, tout en prévoyant des sanctions dissuasives. L’article 122 n’est qu’un exemple parmi d’autres : le rejet d’eaux usées sur la voie publique, le dépôt de déchets hors des espaces prévus ou les nuisances sonores font également l’objet de peines d’amende et d’emprisonnement.
Le MINHAS multiplie les actions de sensibilisation. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, le ministère diffuse des visuels illustrant les contrôles sur le terrain, souvent menés par des agents en uniforme dans des zones verdoyantes ou le long de talus, là où des individus s’isolent pour satisfaire un besoin naturel. L’objectif affiché est double : informer et dissuader.
Des cas concrets d’application
La loi n’est pas restée lettre morte. En avril 2026, un automobiliste surpris en train d’uriner au milieu de la chaussée sur le 4e pont d’Abidjan a été interpellé par la gendarmerie après une alerte citoyenne. Le Fonds d’entretien routier (FER) avait saisi le Groupement de sécurité routière. Les autorités ont explicitement rappelé l’article 122 pour justifier l’arrestation.
Des situations similaires se multiplient dans les grandes villes, notamment à Abidjan, où le manque de toilettes publiques et la pression démographique entretiennent encore des pratiques d’hygiène à l’air libre. Selon les services du MINHAS et de l’Institut national d’hygiène publique (INHP), la sensibilisation s’accompagne désormais de contrôles réguliers.
Un enjeu de santé publique et de cadre de vie
Au-delà de la répression, le gouvernement présente ce Code comme un outil de transformation du cadre de vie. « La préservation et la promotion de l’hygiène publique et de la santé sont un devoir pour la communauté et pour les personnes physiques et morales », rappelle l’article 6 du texte. Les autorités insistent sur le lien entre salubrité, prévention des maladies hydriques et attractivité des espaces publics.
Si les peines prévues peuvent sembler sévères pour un geste que certains considèrent encore anodin, les responsables du MINHAS soulignent qu’elles s’inscrivent dans une logique de dissuasion. « Nul n’est censé ignorer la loi », répètent les communicants du ministère. La campagne « Que dit le Code ? » vise précisément à faire connaître ces dispositions au plus grand nombre.
En Côte d’Ivoire, uriner ou déféquer en public n’est plus seulement un manque de civisme. C’est désormais un délit. Et les contrôles se poursuivent.
Bambara Soudan




