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Chicha à Abidjan : Interdite dans les lieux publics, mais toujours visible aux carrefours

Malgré une législation de plus en plus stricte, les boutiques et espaces proposant la chicha restent nombreux dans les rues de la capitale économique ivoirienne. Une situation qui interroge sur l’application réelle de l’interdiction de fumer dans les lieux publics.
Depuis le décret n° 2012-980, complété et renforcé par le décret n° 2025-42 du 15 janvier 2025, la consommation de tabac sous toutes ses formes – cigarette classique, chicha, cigarette électronique – est formellement interdite dans les lieux publics clos ou ouverts, ainsi que dans les transports en commun. Le texte de 2025 va plus loin : il supprime définitivement la possibilité d’aménager des «espaces chicha», «clubs privés» ou tout local réservé aux fumeurs. Les gérants d’établissements sont tenus d’afficher clairement l’interdiction, de retirer les cendriers et de faire respecter la règle sous peine d’amendes et de fermeture.
La vente des produits du tabac est également encadrée par la loi anti-tabac de 2019. Il est interdit de les commercialiser en dehors des points de vente agréés et de les vendre aux mineurs.
Pourtant, à Abidjan, les stands et boutiques dédiés à la chicha continuent de s’afficher aux carrefours, dans les quartiers populaires comme dans certains maquis et résidences de passage. Les autorités multiplient les opérations de contrôle. En février 2026, l’opération Épervier XI a permis la saisie de plus de 600 chichas dans les communes de Cocody, Marcory et Abobo. D’autres interventions régulières ciblent bars, restaurants et espaces de loisirs.
Face à la pression, une partie de la consommation s’est déplacée vers des lieux plus discrets, notamment des résidences louées à la journée où la chicha est servie sous le manteau. Les responsables du Programme national de lutte contre le tabagisme, l’alcoolisme et les autres addictions (PNLTA) ont prévenu qu’ils intensifieraient les contrôles, y compris dans ces espaces présentés à tort comme «privés».
Le paradoxe demeure : la loi est claire, les saisies se multiplient, mais l’offre reste visible.

Entre interdiction stricte et application encore partielle, la chicha continue d’occuper une place importante dans le paysage urbain d’Abidjan.

Stéphane Badobré