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Abidjan peut-elle devenir propre ? Le défi des trottoirs, du sable et des sachets

Chaque matin, des milliers d’Abidjanais foulent des trottoirs recouverts d’une fine couche de sable et de poussière. Dans les caniveaux, les sachets plastiques s’accumulent, obstruent les écoulements et transforment les premières pluies en inondations locales. Ce n’est plus seulement un problème d’esthétique. C’est devenu un marqueur quotidien du dysfonctionnement urbain.
Pourtant, d’autres villes africaines ont prouvé qu’il était possible d’inverser la tendance. Fez, Marrakech ou certaines communes de Casablanca ont réussi, en quelques années, à faire reculer le désordre visible. Non par magie, mais par méthode, moyens et constance. Abidjan dispose des ressources et de l’ambition pour faire de même. Encore faut-il accepter de changer d’échelle.


Le diagnostic est connu, les réponses restent trop timides


Le problème d’Abidjan n’est pas l’absence totale d’effort. Des campagnes de salubrité sont régulièrement lancées, des agents de propreté interviennent, des marchés sont attribués. Mais le résultat reste fragile. Le sable revient, les sachets réapparaissent, et les caniveaux se bouchent à nouveau. La raison est structurelle : on traite encore la propreté comme une opération ponctuelle plutôt que comme un service public permanent et industrialisé.
Dans les villes marocaines qui ont progressé, la propreté repose sur trois piliers : une flotte importante de moyens mécaniques, une organisation territorialisée très stricte, et une discipline collective entretenue par le contrôle et la communication. À Fez comme à Rabat, on ne se contente pas de balayer à la main. On mécanise massivement le nettoyage des voiries et des trottoirs.


L’arme des centaines de camions-balayeurs


Pour qu’Abidjan change réellement de visage, il faut accepter un investissement lourd et visible : le déploiement de plusieurs centaines de camions-balayeurs et d’aspirateurs de voirie. Pas quelques dizaines. Des centaines.
Ces engins permettent de :
Enlever quotidiennement le sable et la poussière qui s’accumulent sur les trottoirs et les chaussées.
Nettoyer les caniveaux avant que les sachets et les déchets ne s’y fixent durablement.
Intervenir la nuit ou très tôt le matin, quand la circulation est faible.
Maintenir un niveau de propreté stable, et non un simple « coup de propre » ponctuel.
Une flotte de 300 à 500 engins, correctement répartis entre les communes du District, transformerait le paysage urbain en quelques mois. Le coût est élevé, certes. Mais le coût de l’inaction l’est davantage : dégradation de l’image de la ville, maladies liées à l’insalubrité, pertes économiques pour le commerce et le tourisme, et sentiment permanent de laisser-aller chez les habitants.


Au-delà des engins : l’organisation et la discipline


Les camions seuls ne suffiront pas. L’expérience marocaine montre que la mécanisation doit s’accompagner d’une organisation rigoureuse :
Découpage précis du territoire en secteurs de propreté, avec des objectifs quotidiens mesurables.
Contrôle permanent des prestataires et des équipes municipales.
Interdiction effective et sanctionnée du dépôt sauvage de déchets, notamment des sachets.
Mise en place progressive d’un système de collecte sélective et de points d’apport volontaire.
Implication réelle des mairies, des chefs de quartier et des commerçants dans le maintien de la propreté.
Le sachet plastique, en particulier, doit faire l’objet d’une offensive déterminée. Plusieurs pays africains ont engagé des interdictions. La Côte d’Ivoire peut aller plus loin en combinant restriction de production et de distribution, alternatives disponibles, et sanctions dissuasives contre le jet dans les caniveaux.


Un choix politique et culturel


Rendre Abidjan propre comme certaines villes marocaines n’est pas qu’une question technique. C’est un choix politique et culturel. Cela suppose d’accepter que la propreté soit une priorité budgétaire permanente, et non une variable d’ajustement. Cela suppose aussi de rompre avec l’idée que « c’est comme ça » et que les habitants s’y habitueront.
Les Abidjanais ne demandent pas l’impossible. Ils demandent des trottoirs praticables, des caniveaux qui évacuent l’eau, et une ville qui ne donne pas le sentiment d’être abandonnée à la poussière et au plastique. Ce n’est ni un luxe ni une lubie d’esthète. C’est la base du respect que l’on doit aux citoyens et de l’image que la capitale économique veut projeter.
Fez et d’autres villes marocaines ont montré que la transformation était possible. Abidjan a les moyens, les compétences et l’urgence. Il ne reste plus qu’à décider d’agir à la hauteur du problème.

Un dossier de la Rédaction