Le ministère ghanéen des Affaires étrangères a annoncé dimanche 8 novembre 2026 l’annulation de dix passeports de service délivrés illégalement et la mise à pied de deux de ses cadres, dans le cadre d’une enquête sur un trafic présumé de documents de voyage spéciaux en cours depuis 2023.
Selon un communiqué officiel, les investigations préliminaires ont confirmé que des personnes ne remplissant pas les conditions légales avaient obtenu ces passeports de service après avoir versé des sommes illicites à un réseau opérant au sein de l’administration des passeports. Deux pétitions reçues le 8 octobre 2026 avaient déclenché l’enquête : l’une évoquait un paiement de 29 000 dollars américains en 2023, l’autre de 5 000 dollars en 2026.
Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a ordonné la constitution d’un comité d’enquête le 13 octobre. Les conclusions ont conduit à l’interdiction (suspension) de Mahama Yahaya Amantana, directeur par intérim des Passeports, et d’Alhassan Sumani, agent junior du service extérieur. Tous deux ont été remis à la police ghanéenne pour des investigations supplémentaires et d’éventuelles poursuites. Sumani, recruté dans le service extérieur fin 2024, est désigné dans les pétitions comme l’un des principaux organisateurs du dispositif.
Les dix passeports concernés, délivrés entre janvier 2023 et août 2026, ont été formellement révoqués. Leurs titulaires, nommés par le ministère, ne peuvent plus les utiliser pour voyager. Les partenaires internationaux du Ghana ont été informés de ces annulations. Le ministère a insisté sur le fait que l’affaire concerne exclusivement les passeports de service et non les passeports diplomatiques.
Parallèlement, la minorité parlementaire a durement monté le ton. Lors d’une conférence de presse tenue le même jour à Accra, Samuel Abu Jinapor, député et porte-parole de l’opposition sur les questions étrangères, a affirmé que près de 300 Ghanéens auraient voyagé vers l’Europe et d’autres destinations grâce à des passeports diplomatiques ou de service obtenus contre paiement. Il a présenté des reçus de dépôts bancaires et des relevés de transferts d’argent mobile, et a annoncé le dépôt d’une motion visant à la création d’une commission d’enquête parlementaire bipartite.
Selon l’opposition, le schéma aurait consisté à attribuer fictivement des postes officiels à des personnes non qualifiées afin de justifier la délivrance de ces documents privilégiés, qui facilitent l’entrée sans visa dans de nombreux pays. Le ministère, pour sa part, limite pour l’instant ses conclusions aux dix cas identifiés et affirme poursuivre les investigations.
Cette affaire intervient dans un contexte de réforme de l’administration des passeports engagée par le gouvernement depuis 2025. Elle soulève de sérieuses questions sur l’intégrité du système de délivrance des documents de voyage spéciaux et sur les contrôles internes au ministère des Affaires étrangères.




