Le député-maire a reçu en audience Antonio Miguel Branquinho, directeur général d’Eco-Eburnie, l’opérateur chargé de la collecte des ordures dans la commune. Il lui a fixé une feuille de route précise : rapprocher les points de dépôt des habitants, faire entrer la précollecte dans le contrat, curer les caniveaux bien plus souvent et lui présenter une méthodologie qui garantisse des résultats.
Yopougon, le 22 octobre 2026. Pour Adama Bictogo, la propreté de la commune la plus peuplée de Côte d’Ivoire est devenue une affaire personnelle. Le député-maire de Yopougon s’est lui-même désigné président du comité de salubrité de la commune. Chaque matin et chaque soir, il reçoit des images des points de collecte. C’est avec ce suivi en main qu’il a reçu, ce jeudi à la mairie, Antonio Miguel Branquinho, directeur général d’Eco-Eburnie, l’opérateur chargé de l’enlèvement des ordures à Yopougon.
Des caniveaux curés tous les deux mois seulement
Le maire a d’abord exposé son constat : trop de dépôts sauvages et des caniveaux encombrés. En participant lui-même à une opération de curage avec les équipes, il a découvert une clause du contrat qui l’a surpris : les caniveaux ne sont curés que tous les deux mois. « Dans tous les pays du monde, si c’est tous les deux mois qu’on cure les caniveaux, c’est fini. On n’aura que des poubelles tout le temps », a-t-il tranché, précisant avoir déjà alerté le ministre de tutelle.
Il a ensuite listé les causes possibles du problème. « Soit c’est la méthodologie, soit c’est un déficit de matériel de ramassage, soit c’est l’incivisme des populations, soit c’est un problème d’espace », a-t-il énuméré. Pour lui, il ne s’agit pas forcément de changer le mode de ramassage, mais de revoir la couverture de l’enlèvement, quartier par quartier.
Rapprocher la poubelle du domicile
Le cœur de la proposition municipale tient en un principe : la proximité. Plutôt que quelques grands points de regroupement où chacun doit se rendre, le maire veut des équipements de collecte au plus près des habitations, par exemple un point pour deux ou trois maisons. « Plus on crée une proximité entre le matériel qui reçoit les ordures et la population, moins elle aura de distance à faire, et plus on aura de chances de la voir déposer ses déchets dans le bac », a-t-il défendu.
Cette proposition soulève une difficulté technique déjà discutée : les camions actuels sont mal adaptés aux petits contenants. Le maire l’assume : « C’est clair que ça va impacter le contrat, mais les conséquences, dans l’opinion et pour la population, sont plus graves. »
La précollecte, maillon oublié de la chaîne
Le point le plus structurant porte sur la précollecte. Aujourd’hui, ce sont des collecteurs informels qui ramassent les ordures auprès des ménages, contre 100 ou 200 francs CFA, avant de les acheminer vers les points de regroupement. « La précollecte n’est pas organisée. Elle n’est pas contractuelle », a relevé Adama Bictogo. Il y voit une faille économique : sans rémunération juste, les précollecteurs n’ont aucune motivation, et toute la chaîne de ramassage en pâtit.
Il a posé deux options. Soit la précollecte est intégrée au contrat de l’opérateur, qui en assume alors la responsabilité. Soit la mairie l’encadre elle-même, avec un budget défini en accord avec le ministère. Antonio Miguel Branquinho a reconnu qu’une telle évolution supposait un nouveau contrat. « Il faut profiter d’un nouveau contrat pour tout mettre sur la table », a répondu le maire.
Le suivi par GPS comme argument
Le directeur général d’Eco-Eburnie a de son côté mis en avant ses outils de pilotage. Tous ses camions sont équipés de GPS et suivis depuis une salle de contrôle, ce qui permet de retracer les tournées. M. Branquinho a invité le maire à visiter ses installations. Il a aussi souligné qu’une partie des caniveaux de la commune n’entre pas dans le périmètre de son contrat, un point que les deux parties devront clarifier.
Cartographie, méthodologie et nouvelle réunion
À l’issue de l’audience, il a été convenu que les équipes d’Eco-Eburnie se rendraient sur le terrain dès le lendemain avec les services municipaux. Elles devront identifier les quartiers qui produisent le plus de déchets et revoir, le cas échéant, l’emplacement des bacs. Une nouvelle réunion doit permettre à l’opérateur de présenter sa cartographie de Yopougon et sa méthodologie de collecte. Le maire attend de l’opérateur un document qui garantisse la méthode et les résultats.
Adama Bictogo a rappelé le sens de sa démarche : « La finalité d’une commune comme d’un gouvernement, c’est l’épanouissement et le bonheur de la population. » Et de conclure : « Vous allez voir qu’à la fin, on va avoir une commune propre. »




