Google search engine
Accueil Politique Abidjan-Bamako : Le renseignement ouvre la voie à un dégel prudent

Abidjan-Bamako : Le renseignement ouvre la voie à un dégel prudent

Il faudra attendre pour savoir si l’on tient là un véritable dégel. Mais le déplacement discret, jeudi, du chef du renseignement ivoirien dans la capitale malienne est le signal le plus net depuis des années d’un désir de reprise du dialogue entre deux voisins longtemps en froid.
Selon les informations de LSI Africa, Vassiriki Traoré a quitté Abidjan jeudi 15 octobre à 14 heures, à la tête d’une délégation restreinte de trois personnes. Il se rendait à Bamako à l’invitation de son homologue Modibo Koné, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE) du Mali. À l’heure où ces lignes sont écrites, aucun communiqué officiel de part ni d’autre n’a rendu compte du contenu des échanges.

Un rapprochement dicté par l’urgence sécuritaire

Le choix du canal du renseignement n’est pas anodin. Face à la progression de la menace jihadiste dans le sud du Mali et aux enjeux du corridor Abidjan-Bamako, Bamako affiche sa volonté de relancer la coopération en matière de renseignement. Abidjan, de son côté, porte une attention particulière à la sécurité de ses régions septentrionales, frontalières du Mali et du Burkina Faso.
Des analystes y voient moins une réconciliation qu’un calcul : cette reprise des contacts relèverait d’un impératif de survie sécuritaire plutôt que d’une amitié retrouvée, dans un climat de méfiance qui persiste. Abidjan reste en effet attentive à l’adhésion de Bamako à l’Alliance des États du Sahel.

Des intérêts économiques en toile de fond

Les intérêts matériels plaident aussi pour le rapprochement. La Côte d’Ivoire exporte une partie de sa production électrique vers le Mali par les interconnexions régionales. Sur le plan des mobilités, la compagnie Sky Mali a inauguré le 1er octobre 2025 une ligne régulière entre Bamako et Abidjan.

Un contentieux encore dans les mémoires

Le chemin est cependant semé de souvenirs. En 2022, l’affaire des militaires ivoiriens détenus à Bamako avait durablement envenimé les relations. Bamako reprochait alors à Abidjan de servir d’asile à des personnalités maliennes visées par des mandats d’arrêt internationaux. Rien n’indique à ce stade que ces griefs aient disparu.

Ce qu’il faudra observer

Trois éléments diront si la visite de jeudi ouvre un cycle durable : l’annonce, ou non, d’un mécanisme formalisé de partage d’informations ; un éventuel échange à un niveau politique plus élevé ; et la capacité des deux capitales à protéger ce canal des tensions régionales. En diplomatie sahélienne, une poignée de main discrète vaut parfois davantage qu’un communiqué solennel, à condition qu’elle se répète.