La Côte d’Ivoire veut relier ses systèmes d’identité. Le ministre de la Transition numérique, Djibril Ouattara, a lancé le 5 octobre 2026 à Abidjan l’étude de faisabilité d’une plateforme nationale d’authentification et d’un portefeuille d’identité numérique. Un projet qui arrive alors que la fraude sur les titres d’identité, et en particulier sur la nationalité, pèse sur la confiance dans l’état civil.
Relier plutôt que reconstruire. L’étude doit examiner les infrastructures existantes, notamment le Registre national des personnes physiques (RNPP) et les acquis de l’ONECI, afin de favoriser l’interopérabilité. Le RNPP, base de données biométriques lancée en 2019, vise à réduire drastiquement les fraudes sur l’identité. Une feuille de route est attendue d’ici fin janvier 2027.
Des réseaux d’une ampleur inquiétante. Les enquêtes publiées montrent la gravité du phénomène. En 2023, Jeune Afrique rapportait le démantèlement par l’ULGC d’un vaste réseau, avec des ramifications dans plusieurs consulats ivoiriens, et une fraude qui pourrait concerner près de 120 000 passeports, dont au moins 25 000 retrouvés. Les faits restent à établir devant la justice. Dans un autre dossier, les enquêteurs ont trouvé un atelier de fabrication de faux documents, avec des centaines d’extraits de naissance, de certificats de nationalité et de cartes d’identité. Côté frontières, la police a intercepté 1 881 porteurs de faux documents et démantelé plus de dix réseaux spécialisés.
Les ravages, selon les autorités et élus. La fraude à l’identité sert, selon ces dossiers, à l’immigration clandestine, au blanchiment d’argent ou à l’usurpation d’identité. La députée Naya Jarvis Zamble, dans un message récent, met en garde contre le fait que des personnes ayant obtenu frauduleusement la nationalité puissent accéder à des emplois, à des responsabilités, voire à l’administration. Elle pointe aussi des complicités d’Ivoiriens qui prêtent leurs pièces d’état civil. Elle ne cite toutefois aucun chiffre, et ses affirmations restent à documenter.
Un arsenal déjà renforcé. La loi prévoit que le décret de retrait de nationalité doit intervenir dans un délai de deux ans à partir de la découverte de la fraude. Autre mesure récente : depuis le 9 septembre 2025, l’ONECI n’accepte plus que le certificat de nationalité téléchargé sur e-justice.ci.
Le défi. Une plateforme unique n’a de valeur que si les données de départ sont fiables : une fausse identité bien enregistrée reste fausse une fois numérisée. Le succès du projet dépendra donc autant de la vérification en amont des pièces d’état civil que de la technologie. Et les signalements devront reposer sur des faits, car accuser sans preuve ne protège personne.
La Rédaction




